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 "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Ven 18 Aoû - 0:47

Et voici la suite ! Twisted Evil



IX Prise de guerre



Le Commodore considérait maintenant Roseta avec dédain.
- Vous ne répondez pas ? Je vais donc le faire à votre place, dit-il d’une voix glaciale. Madame, votre époux, dont vous semblez peu vous soucier, est en ce moment même sur l’un de nos vaisseaux, ainsi que votre frère, en route pour Maracaïbo qui est, je vous le rappelle, un repaire de pirates aussi célèbre que l’île de Tortuga. Au matin de votre disparition, chaque marin des navires marchands amarrés à Port Royal fut interrogé dans l’espoir que l’un d’eux puisse nous donner quelque indice pour vous retrouver. Le départ précipité du bateau de van Brunt ne passa pas inaperçu. Un témoin avait d’ailleurs vu l’armateur monter à bord, les bras chargés d’un grand sac de toile. Une fois Port Royal fouillé de fond en comble, il était évident que vous étiez dans ce sac et que cet homme vous avez enlevée. Nous avons perdu du temps à chercher à Port Royal, mais nous avions alors la certitude que si nous retrouvions son bateau vous seriez à bord.



Roseta se taisait, honteuse de ce que le Commodore insinuait à propos de son époux. Elle écoutait à peine ce qui ravivait pourtant bien des souvenirs, bien des frayeurs.
- Nous avons trouvé, dérivant au grès des vents, des pièces de bois qui ne pouvaient provenir que d’un bateau. Sur l’une d’entre elle, le nom était inscrit, nous avons alors su que c’était le bateau que nous cherchions qui avait coulé. Nous aurions pu vous croire morte mais je connais la mer des Caraïbes : nul rocher en cet endroit qui puisse expliquer que le bateau sombre de lui-même. Les pirates l’avaient attaqué, c’était évident. Et… les pirates emportent toujours des prisonnières lorsqu’elles sont jolies…
Toujours tête baissée, Roseta ne vit pas que l’air sévère du Commodore se changeait en convoitise. Il la méprisait pour ce qu’il devinait dans son cœur, pour ne pas avoir demandé où était son époux, mais il la trouvait tout en même temps infiniment désirable.
- Les pirates ont deux repaires, nous ne savions pas où ils vous avaient emmenée. Nous étions à trois bateaux de ma flotte. Il fallait que deux d’entre eux aillent jusqu’à Tortuga qui était la cachette la plus probable, tandis que l’autre continuerait jusqu’à Maracaïbo qui est lointaine. Votre époux et votre frère ont pris cette route. Puisqu’ils ne vous trouveront pas là-bas, il ne leur reste plus qu’à rentrer à Port Royal. Si vous alliez sur le pont, vous remarqueriez que notre second bateau, le H.M.S. Dauntless, n’est plus auprès de nous comme il l’était encore pendant l’attaque de cette après-midi : j’ai donné l’ordre qu’il fasse route vers Maracaïbo. Si les vents lui sont favorables, peut-être parviendra-t-il assez rapidement à la Dominique qui nous est alliée pour en faire partir un sloop rapide.
La jeune femme continuait de se montrer silencieuse. Elle n’osait pas parler ni même regarder le Commodore. Elle avait honte, terriblement honte. Sa conscience était au tourment. Comment avait-elle pu oublier de la sorte tous ses devoirs d’épouse ? Jamie avait-il raison lorsqu’il disait que désormais il était son mari ? C’était pourtant Enrique, les lois de Tortuga ne s’appliquaient pas ailleurs. Jamie lui avait fait perdre la tête, elle ne pouvait expliquer autrement ce qu’elle appelait son « amnésie conjugale ». Elle ne retrouva l’usage de la parole que pour murmurer, d’une voix éteinte :
- Merci, Commodore… Je suis désolée de causer tant d’embarras… Enrique et Axel doivent être fous d’inquiétude.
Norrington eut un sourire cynique.
- C’est peu que de le dire, Madame ! Votre mari a juré qu’il tuerait vos ravisseurs s’ils tombaient entre ses mains. Je ne donnerais pas cher de la peau de Waring si jamais votre mari le voit ! Vous comprenez qu’il est préférable, encore une fois, que l’exécution ne tarde pas.
Un frisson glaça l’échine de la jeune femme. Et elle ? Si Enrique venait à apprendre qu’elle avait aimé un autre que lui, que lui ferait-il ? Elle préférait ne pas y penser. Il était extrêmement jaloux pour tout ce qui lui appartenait, et en particulier concernant sa femme. S’il apprenait qu’elle ressentait quelque chose pour Jamie, elle devrait s’attendre à une terrible correction et elle l’aurait méritée.
- Je vous en prie, Commodore, ne dites pas à mon mari que je vous ai demandé de traiter avec douceur le Capitaine Waring ! dit-elle, apeurée. Je comptais vous supplier encore pour qu’il soit épargné, Enrique ne le tolérerait pas.



Norrington s’était approché du lit. Il aimait Roseta et le lui avait dit sur les rempares de Port Royal. Comment osait-elle se donner à un pirate alors qu’elle aurait probablement refusé de lui céder à lui, Lord James Norrington, par peur de commettre un adultère à Port Royal, par peur seulement et non par honneur. Il était convaincu en cet instant que Waring ne l’avait forcée à rien ou bien que cela avait plu à la jeune femme s’il l’avait fait ; comment expliquer sa compassion à l’égard d’un pirate ?
- Je ne dirai rien à votre mari, ne vous inquiétez pas de cela. Je ne veux pas être associé à son terrible déshonneur. S’il l’apprend un jour, que ce soit de vous. Répondez-moi, maintenant ! Qu’est ce Waring pour vous ?
Roseta choisit de dire la vérité. Le Commodore la connaissait, de toute façon, il ne servait à rien de mentir.
- Le Capitaine Waring est mon mari selon les lois de Tortuga. J’étais sa part de Capitaine.
Le regard de Norrington se fit plus sévère encore.
- Me tromperais-je en affirmant que vous avez aimé être sa femme ?
- Non… reconnut-elle, abattue.
Le Commodore était furieux. Il aurait préféré, en fin de compte, que Roseta soit malmenée contre sa volonté.
- Vous l’avouez ! Vous avez aimé cela ! Vous, une dame d’excellente famille ! Un gibier de potence, une canaille de la pire espèce !

Roseta était terrifiée. Blessé dans son propre amour coupable pour elle, Norrington ne supportait pas d’apprendre que son rival était un boucanier.
- Puisque vous voilà femme de pirate, je vous traiterai donc comme tel, reprit-il.
Sa voix était maintenant étrangement calme. Il s’était radoucit soudainement, continuant de trouver Roseta désirable malgré tout.
- Vous m’avez dit avoir été part de Capitaine, vous voici prise de guerre, Madame…
Norrington souriait, à présent. La tempête était passée. Il n’en voulait plus à Roseta, il l’aimait. Avant qu’elle ne devine ses intentions, il prit ses lèvres dans un baiser des plus passionnés. Roseta se débattit un peu par surprise mais s’abandonna très vite à l’étreinte exigeante de Norrington. Il l’avait saisie dans ses bras et la tenait maintenant serrée contre lui. Le baiser se faisait sauvage.
- Ma prise de guerre… répéta-t-il en laissant ses lèvres. Vous m’appartiendrez jusqu’au retour à Port Royal de votre mari !
Roseta s’agrippait aux épaules de Norrington qui plongeait sur elle des yeux brûlants. Il ne s’attendait cependant pas aux mots qu’elle prononça alors :
- Votre prise de guerre, Commodore… soupira-t-elle. Je vous offre… ma reddition…
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Ven 18 Aoû - 1:03

Une vérité quelque peu blessante pour James ; une trahison comme l'on dirait.

Pauvre Commodore !

La suite !^^

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Ven 18 Aoû - 1:08

Pourquoi une trahison envers James ? Question
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Ven 18 Aoû - 14:37

^^J'adore la suite
queen Vive la reine des histoires queen Vite la suite
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Ven 18 Aoû - 23:43

X La vengeance du Commodore



Le Commodore était ravi des mots de Roseta et ses derniers scrupules envers une femme mariée dont il était responsable du fait de sa position sur le bateau s’envolèrent. Après tout, songeait-il, elle s’était donnée à Waring, le mal était fait, pourquoi donc lui-même n’en profiterait-il pas puisque le Commandant Monastorio avait déjà été trahis ? Norrington concevait aussi une vengeance envers ce pirate qui osait s’interposer comme rival et pour lequel il avait le plus grand mépris. Enfin, il avait embrassé Roseta spontanément, au plus fort de sa colère. Ce n’était qu’en l’entendant dire qu’elle se rendait qu’il justifiait par avance ce qu’il s’apprêtait à faire, car il était maintenant bien décidé à aller jusqu’au bout. La bonne volonté de la jeune femme l’encourageait. Il était parfaitement conscient de l’emprise qu’il pouvait avoir sur elle, il le savait depuis Port Royal, depuis cette promenade sur les rempares où elle ne l’avait pas repoussé lorsqu’il lui avait dit l’aimer. Il était persuadé qu’il ne manquait que des circonstances favorables, tel l’éloignement du mari et du frère, pour qu’elle réponde docilement à ses avances.

Norrington détacha les bras de Roseta de ses épaules et recula un peu pour défaire sa veste d’uniforme sans la quitter des yeux. La jeune femme était sagement assise sur le lit. Elle ne disait rien, elle attendait. Non sans appréhension, remarqua-t-il, étonné, lisant quelque crainte dans ses yeux noisette. Ce fut alors une évidence pour Norrington, une évidence qui le frappa de plein fouet. Elle n’était pas la petite catin qu’il imaginait depuis qu’elle insistait pour que Waring soit bien traité avant d’avouer enfin l’aimer. Il comprit soudain que Roseta, au contraire, était toujours cette jeune femme candide et douce qui l’avait accompagné sur les rempares, dont la nature était de se plier à l’autorité pourvu que l’on insiste, et qui confondait désirer et aimer. Elle disait aimer Jamie, mais le Commodore savait désormais qu’elle avait seulement été attirée par son autorité et qu’il en était probablement de même à propos de son époux. Norrington eut un petit sourire, il ne doutait pas un seul instant être le genre d’homme qui plaisait inconsciemment à Roseta. Il s’éloigna jusqu’au bureau pour y poser son chapeau, son épée et sa veste. Il revint vers le lit à pas lents mais décidés. Il eut alors le sentiment de lire en Roseta comme dans un livre ouvert, comme Jamie l’avait fait auparavant. Elle était en train de succomber au charme dominateur du Commodore. Assis sur le lit, ce dernier prit une nouvelle fois Roseta dans ses bras. Il couvrait son cou de baisers brûlants mais cela ne lui suffisait plus. Il la fit basculer doucement sur les draps. Voyant le Commodore se pencher sur elle et dénouer les rubans de sa chemise de nuit, Roseta eut un moment de crainte, elle émit un gémissement plaintif et chercha à se dérober. Norrington l’immobilisa sans difficulté et prit ses poignets qui cherchaient à couvrir sa poitrine.
- Laissez-vous faire, Madame…
Roseta obéit. Le Commodore poursuivit ; il s’amusait de la sentir frétiller dans ses bras.

Un sourire satisfait apparut sur le visage du Commodore comme il contemplait Roseta profondément endormie. Une heure était passée depuis le début de leurs étreintes. Les longs cheveux de la jeune femme étaient défaits, épars sur l’oreiller. Elle était nue et paisible.
- Je suis désolé de ce que je vais faire, Roseta, murmura Norrington dans un souffle, mais il le faut…
Il s’arracha de sa contemplation, se leva, rajusta sa chemise et ses culottes puis quitta la cabine sans un regard en arrière. Il se rendit sur le pont et s’approcha du Lieutenant Gilette.
- Allez chercher le prisonnier et emmenez-le dans ma cabine. Je veux le voir.



Chargé de chaînes, Jamie apparut, escorté de Mr Gilette.
- Ah, Waring ! Entre donc dans ma cabine ! … Vous serez surpris de ce que vous y trouverez, précisa Norrington.
Jamie portait toujours son pantalon blanc et rien de plus, il était perclus de fatigue malgré sa grande résistance. Ses pensées, qui s’envolaient toujours vers Roseta, n’étaient pas étrangères à cet affaiblissement. Elle était à bord de ce vaisseau, il le savait, il le sentait. On la ramenait à Port Royal pour la rendre à ce mari qui n’avait été qu’un fantôme pour lui, un homme qu’il n’avait jamais rencontré et dont il ne connaissait que le nom parce que Roseta le portait aussi. Jamie ne se faisait guère d’illusions quant à son propre sort, il savait que c’était la corde qui l’attendait. Il aurait des regrets, mais des satisfactions aussi, tels ces quelques jours passés auprès de Roseta, à se réveiller chaque matin en sachant qu’il avait auprès de lui une gentille petite épouse pour prendre soin de lui. Elle était parfois triste et ne se faisait pas encore à sa nouvelle vie, mais cela serait venu peu à peu.
- Que me voulez-vous ? demanda-t-il à la bravade au Commodore.
- Vous montrer quelque chose.
Norrington avait en cet instant un sourire cruel. Il ne voulait pas faire de mal à Roseta, il avait été sincère avec elle lorsqu’il l’avait embrassée et aimée, mais il ne pouvait oublier l’humiliation d’avoir un pirate pour rival. C’était à lui qu’il la ferait payer, parce qu’il avait su plaire à Roseta et lui donner l’illusion d’aimer. Mr Gilette poussa Jamie dans la cabine. Ce qu’il vit fit monter une rage sourde en lui. Roseta, dénudée, endormie dans une position d’abandon.
- Que lui avez-vous fait… demanda-t-il d’une voix blanche.
Le Commodore eut un rire de gorge.
- Je crois que je n’ai nul besoin de vous dire ce que je lui ai fait…
Jamie ne sentait plus la fatigue, il ne pensait plus qu’à une chose, sauter à la gorge du Commodore pour lui faire rendre des comptes.
- Sortez-le, ramenez-le à ses fers ! ordonna Norrington, de peur que Roseta ne se réveille et les voit.
Jamie hurla des insultes et se démenait en tout sens dans l’espoir de rouer de coups le Commodore. Il revoyait les images de Roseta apeurée et en larmes lorsque ces traîtres de Leech et Manolo avaient voulu la contraindre chez Farrell. Il ignorait que la jeune femme avait accepté les étreintes de Norrington, qu’elle s’était donnée parce qu’elle succombait à ses baisers mais peut-être aussi dans l’espoir d’obtenir la grâce de Jamie, une fois le Commodore d’humeur plaisante. Aux yeux de Jamie, il était impossible de penser un seul instant que Roseta ait pu céder et pour lui et pour sa propre curiosité.

Lorsque le puissant vaisseau de guerre entra à Port Royal, Jamie se morfondait toujours à fond de cale, oubliant Tortuga pour ne se souvenir que d’un seul visage, celui de Roseta qu’il ne reverrait sans doute jamais. Dans la cabine du Commodore, la jeune femme versait toutes les larmes de son corps alors que Norrington n’était toujours pas revenu auprès d’elle depuis son réveil. Elle réalisait ce qu’elle avait fait, ce qu’elle lui avait permis, elle était consciente de sa responsabilité dans ces propres mots qui revenaient sans cesse dans sa mémoire : « Je vous offre… ma reddition ». Cette fois, elle n’avait pas seulement trahis Enrique, elle avait aussi trahis Jamie. Son seul espoir était que cette nuit dans les bras du Commodore signe la grâce du Capitaine Waring…

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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Sam 19 Aoû - 1:06

Un James Norrington comme j'adore, qui prend le dessus sur la canaille maritime.

J'attends ton retour avec impatience. Very Happy

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Ludivine_la_fee_clochette
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Sam 19 Aoû - 12:47

Un nouveau chapitre toujours aussi génial Very Happy
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Sam 26 Aoû - 12:20

Merci beaucoup, et si vous adorez James Norrington, vous allez être servis, looool ! Twisted Evil lol!



XI De retour à Port Royal



Le puissant navire, fierté de toute la flotte des Caraïbes, venait d’entrer à Port Royal où il mouillerait, comme à son habitude, au large des rempares. Le H.M.S. Interceptor avait tenu toutes ses promesses, échappant tant aux rochers qui fermaient l’entrée de Tortuga qu’aux pirates eux-mêmes, et il avait coulé le Blue Lagoon. C’était là le vaisseau le plus rapide de la flotte, mais le H.M.S. Dauntless, envoyé après Enrique et Axel, l’était également. Ce n’était plus qu’une question de temps pour que Roseta retrouve enfin son époux et son frère. Cependant, le Commodore n’était point pressé de cela. Le retour du mari se ferait bien assez tôt. Pourtant, Norrington n’était pas retourné dans sa cabine depuis qu’il y avait laissé Roseta endormie après leurs étreintes, après qu’il y eut conduit Jamie pour la lui montrer, qu’il sache que la jeune femme était maintenant passée entre ses mains. Il regrettait d’ailleurs ce geste, cela n’était pas digne de lui ; mais Jamie était un pirate et aucun pirate ne méritait que l’on fasse preuve d’un quelconque savoir-vivre, estima-t-il aussitôt comme pour se décharger de sa propre faute, celle d’avoir profité de Roseta dont il était responsable à bord et de l’avoir ensuite exposée comme pièce de butin… comme l’eut fait un pirate. « Le seul langage qu’ils comprennent ! » se justifia-t-il à nouveau. Il avait été personnellement blessé d’apprendre que Roseta avait apprécié Waring, plus encore que s’il ce fut agis de tout autre femme. Il lui avait ouvert son cœur sur les rempares, se sentant déjà assez fautif de l’avoir fait parce que Enrique existait. Le Commodore n’avait pas pour habitude de séduire les femmes mariées. La mer était sa maîtresse, sa rivale ne pouvait être qu’une épouse.

Les dernières heures furent entrecoupées de sommeil et de larmes. Rosetta s’était donc éveillée seule et avait attendu en vain le retour de Norrington. Elle était restée seule avec ses remords, sa double trahison, envers Enrique, envers Jamie. Elle avait à peine touché aux plats que l’on vint lui porter. Une seule fois, elle demanda si le Commodore ne déjeunerait-il pas, espérant ne point paraître s’intéresser à lui autrement que par courtoisie, priant pour que leur étreinte soit demeurée secrète et espérant que cette discrétion était la raison de son absence auprès d’elle. On lui répondit qu’il déjeunait sur le pont, que Port Royal serait en vue dans quelques heures. Elle ignorait que le Commodore ne retournait pas non plus dans sa cabine pour un tout autre motif : il craignait de ne plus pouvoir se contenter d’écrire le Journal de bord. Il fallait rester discret. L’équipage risquait de les entendre s’il recommençait.

Il était temps maintenant de quitter le H.M.S. Interceptor. Des canots attendaient pour conduire l’équipage et leur passagère à terre, ramenée saine et sauve après dix jours de captivité. La lumière du jour emplit la cabine dont on ouvrit la porte en grand. L’officier qui avait trouvé Rosetta chez Jamie, le Lieutenant Gilette, la salua respectueusement.
- Madame, nous sommes arrivés à Port Royal. Je vous prie de me suivre.
Norrington s’occupait de donner les derniers ordres à bord avant de quitter lui aussi le H.M.S. Interceptor. Ses hommes étaient déjà presque tous dans les canots et ramaient en direction du port. Deux d’entre eux étaient descendus dans la cale pour y chercher le prisonnier. Ce fut ainsi que Roseta revit tout en même temps Jamie et Norrington, les deux hommes qui se la disputaient à présent et auxquels elle avait cédé… à tous deux. Il y avait maintenant un vainqueur et son prisonnier. Ne supportant pas de voir Jamie dans ses fers, la jeune femme détourna la tête malgré la brûlure du regard que le Capitaine Waring posait sur elle.
- Roseta ! ne put-il s’empêcher d’appeler.
La jeune femme voulait se retourner mais elle n’en avait pas la force. Il lirait peut-être sur son visage sa honte de s’être donnée à un autre pendant qu’il était aux fers, une honte que de plus elle ne regrettait pas. Elle ignorait que Jamie l’avait vue nue et alanguie sur la couche du Commodore. Lui, cependant, ne pouvait l’oublier et, dans son application à détourner la tête, il ne pouvait y voir que la honte d’avoir été abusée par un homme qui donnait des leçons de moralité aux pirates et se prétendait l’un des plus respectables et des plus honorables des gentilshommes de Sa Majesté.

Le Commodore se retourna d’un bond en entendant cet appel. Il tira l’épée du fourreau et la pointa sur la gorge du prisonnier. Il était entouré, derrière lui, de quelques uns de ses hommes non encore débarqués, ainsi que de son second, le Lieutenant Gilette, qui était allé chercher Roseta dans la cabine.
- Que plus jamais je ne vous entende prononcer de la sorte le nom d’une dame, ou il se pourrait que vous n’ayez pas le temps de connaître le sort que vous méritez, un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal ! dit Norrington entre ses dents.
Roseta tremblait, elle espérait que Jamie ne le provoque pas davantage. Elle essayerait encore de faire quelque chose pour lui mais il lui fallait du temps. Le Commodore s’impatientait.



Il remit son épée au fourreau. Tôt ou tard, Waring serait châtié. Dès l’instant où Enrique serait de retour, une pendaison commémorerait le retour de Roseta à Port Royal. Cette exécution calmerait sans doute le mari qui s’était juré de tuer les ravisseurs de sa femme. Norrington devait se montrer patient pour le moment et faire en sorte que Waring ne manque pas son rendez-vous avec la potence.
- Lieutenant Gilette, appela-t-il, conduisez Mrs Monastorio dans le canot. Elle était et est mon invitée : veillez à ce qu’on lui donne tout de suite ses appartements et qu’on lui trouve des vêtements décents.
Roseta suivit docilement l’officier. Elle était toujours en chemise de nuit, mais il n’y avait pas de vêtements pour elle à bord du H.M.S. Interceptor. Cependant, la voyant frissonner et soucieux de sa décence, Mr Gilette défit sa veste pour en couvrir ses épaules. Il ordonna à ses hommes de ramer et, lentement, le canot s’éloigna. Quelques instants plus tard, Norrington descendait à son tour avec ses derniers soldats et le prisonnier. Les deux hommes se haïssaient et échangeaient des regards lourds de menaces.

La chambre était telle qu’elle l’avait laissée lorsque l’armateur hollandais l’avait enlevée. Roseta retrouva toutes ses robes, tous ses effets. Seuls manquaient Enrique et Axel. Dès son arrivée, les domestiques s’étaient empressés autour d’elle, à la demande de Mr Gilette, sur les ordres du Commodore. Elle avait été longuement baignée et éprouvait à nouveau le plaisir d’être propre. Elle s’était plongée avec délice dans l’eau tiède du bain comme elle avait ressenti un semblable soulagement après la vente aux enchères. La maison de Jamie… Tout lui ferait-il donc penser à la maison de Jamie ? Il fallait oublier cela, elle avait retrouvé son monde. Seul le sort de Jamie continuait de la hanter. Pour le reste, elle attendrait que son mari revienne, ainsi que son frère, et il l’emmènerait loin de là, en Californie, loin des Caraïbes, du Commodore, et seuls la distance et le temps pourrait lui faire oublier ses incartades. Mais Jamie devait vivre. Elle espérait que Norrington la rappelle auprès de lui pour tenter d’obtenir sa clémence dans un moment de bonne humeur. N’avait-il pas dit qu’elle lui appartiendrait jusqu’au retour d’Enrique ? Le regrettait-il ? Il devait y avoir un moyen de secourir Jamie, un moyen qui ne déshonorerait pas Norrington auprès du gouverneur. Vêtue d’une magnifique robe de couleur rose, Roseta agitait un éventail, offrant la courbe de son dos au regard de Mr Gilette dont elle venait de permettre l’entrée, continuant malgré tout de contempler la vue splendide des jardins du Commodore qu’elle avait déjà admiré tantôt.



- Madame, le Commodore Norrington désire que vous soupiez en sa compagnie, dit le Lieutenant. Il vous attend dans une heure. Je reviendrai vous chercher.
- Merci, Mr Gilette. Je serai prête, répondit-elle.
Le cœur battant, Roseta s’apprêtait à revoir Norrington…
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spaceben
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Sam 26 Aoû - 18:44

oua pauvre jamie
Crying or Very sad
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Sam 26 Aoû - 21:15

Oh il va y avoir un dîner en tête à tête ; comme c'est romantique...

Vivement la suite. Very Happy

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Dim 27 Aoû - 16:44

XII Les quartiers du Commodore



Ainsi qu’il l’avait promis, le Lieutenant Gilette revint chercher Roseta pour le souper. C’était un homme discret et loyal en qui le Commodore plaçait toute sa confiance. Il pouvait lui demander de conduire la jeune femme à ses appartements, le Commandant Monastorio n’apprendrait rien de lui. Roseta marchait près de Mr Gilette, agitant son éventail. Elle reconnaissait le corridor qui menait à la grande salle à manger où Enrique, Axel et elle soupèrent et dînèrent en compagnie de Norrington à leur arrivée sur l’île de la Jamaïque. Pourtant, ce n’était point là qu’elle devait aller. Mr Gilette lui fit prendre un autre corridor, plus étroit, aux murs ornés de marines.
- La salle à manger… ? s’étonna-t-elle.
- Je vous y conduits, Madame, répondit-il.
Les dernières semaines avaient rendus la jeune femme méfiante. Après être passée entre tant de mains, comment ne le serait-elle point ? Elle se mit à avoir peur, imaginant que le Lieutenant l’emmenait dans un endroit à sa convenance.
- Mais… Il doit y avoir erreur… Où me conduisez-vous, Mr Gilette ?
Il s’arrêta et se tourna vers elle pour l’observer un instant, interrogateur. Puis il comprit.
- Veuillez me pardonner, Madame. Le Commodore Norrington désire que vous soupiez en sa compagnie dans ses quartiers. Dans sa salle à manger personnelle. Voilà pourquoi vous ne vous reconnaissez pas.
Roseta s’en trouva rassurée. Un « merci » franchit ses lèvres comme dans un souffle.

La salle à manger du Commodore avait été préparée tout spécialement pour un souper intime. La table avait été dressée avec le plus grand soin et de brillants candélabres, disposés parmi l’argenterie personnelle de Norrington, illuminaient les panneaux de bois recouvrant les murs. A peine Roseta eut-elle franchit la porte que Mr Gilette s’éclipsait discrètement, la laissant seule une fois celle-ci refermée derrière elle. Seule, point tout à fait. Le Commodore était là et l’attendait. Ce fut sur un signe de lui que Mr Gilette se retira, prenant bien soin de tirer le verrou derrière lui. Norrington avait endossé un uniforme propre, après ces jours passés en mer. La lueur des candélabres le rendait plus impressionnant encore.
- Bonsoir, Roseta… dit-il doucement.
A son invitation, la jeune femme prit place à table. Les mets avaient déjà été apportés de sorte que personne ne vint les déranger. De part et d’autre de la table, des plats avaient été disposés à la portée de chacun des deux fauteuils. Norrington remarqua vite que Roseta n’avait que peu d’appétit.
- Vous devriez manger, ma chère. Vous devez reprendre des forces après ce que vous avez vécu. Servez-vous, je vous en prie. Je sais que le personnel laisse à désirer, ce soir, mais je ne crois pas me tromper en songeant que vous préférez cette intimité.
Roseta baissa la tête, s’obligeant à reprendre d’un même plat. Il avait raison, elle préférait qu’il en soit ainsi. Sans doute pensait-on que ce repas avait été préparé pour l’un des officiers du H.M.S. Interceptor, Norrington aimait sans doute converser de ses sorties en mer avec ceux qui avait son amitié et ne voulait pas forcément utiliser la salle à manger de réception pour un simple souper. Mais surtout… Sans doute lui-même tenait-il à la discrétion quant à la présence de Roseta dans ses appartements. La jeune femme s’interrogeait sur la place qui était désormais la sienne dans cette maison jusqu’au retour de Enrique. Aux yeux de tous, Roseta était l’invitée du Commodore, mais pour ce dernier, elle-même et le Lieutenant Gilette, elle était bien plus que cela. Norrington tenait sa promesse, il faisait d’elle sa compagne et elle devrait le rejoindre dans ses appartements chaque fois qu’il le voudrait. Que pensait-elle de tout cela ? Elle l’acceptait. Elle se reprocherait le lendemain sa conduite mais attendrait le soir avec impatience, dans l’espoir que Norrington la fasse rappeler. Elle en prenait conscience. Il n’y avait plus qu’à s’y résigner. Elle tenterait de faire libérer Jamie et pour le reste elle serait la compagne secrète du Commodore. Jusqu’au retour de Enrique…

Le souper se déroula d’abord dans le plus parfait silence. Parfois, Roseta jetait sur son hôte un regard à la dérobée mais s’empressait de baisser les yeux lorsque ce mouvement furtif attirait son attention. Norrington la transperçait alors de son propre regard et elle sentait à l’autre bout de la table la brûlure de ses yeux. Comme Jamie… Exactement comme Jamie… Comme Enrique, aussi… Le charisme dominateur du Commodore la transperçait. Il était désormais trop tard, il la tenait à sa merci. Elle savait ce qu’il attendait d’elle à la fin du souper et qu’il ne doutait pas de l’obtenir. En cet instant précis, Norrington posa son regard sur la gorge palpitante qu’il devinait à l’autre bout de la table, sous la soie rose de la robe. Un petit sourire étira ses lèvres. Il lui semblait lire en elle et les pensées qu’il devinait lui plaisaient beaucoup. Ce n’était plus Jamie qui occupait son esprit, il était certain. Sans doute avait-elle pensé à lui quelques instants plus tôt, mais cela n’était plus. La lueur des candélabres ne se jouait pas de lui, il devinait réellement que le regard de Roseta se faisait trouble. Elle était en train de succomber, comme la veille, dans la cabine, lorsqu’il l’avait traitée avec sévérité et qu’elle lui avait immédiatement offert sa reddition, ainsi qu’elle le lui dit. Norrington prit le risque de briser un silence enchanteur. Il voulait entendre le son de sa voix.
- Ce souper vous plait-il, Roseta ?
La jeune femme rosit.
- Oui, Commodore. Il est… parfait…
Lentement, Norrington se leva alors et s’approcha d’elle. Elle frissonna, s’y attendant d’un instant à l’autre. Placé debout derrière son dos, il la sentit encore intimidée. Il passa un bras par-dessus son épaule pour prendre un verre de cristal auquel elle n’avait pas encore touché.
- Ne désirez-vous pas goûter au vin ?
- Je…
- Il faut vous détendre…
Penché sur elle, le Commodore approcha le verre de ses lèvres et fit couler goutte à goutte le précieux nectar entre les lèvres entrouvertes de la jeune femme. Il était satisfait de son obéissance, il était inutile de lui en donner plus.
- C’est très bien… Allons, venez… ajouta-t-il, lui faisant signe de se lever.

Roseta posa sa petite main sur le bras que lui tendait Norrington. Il lui fit franchir une porte habilement dissimulée derrière des tentures. La chambre à coucher du Commodore. Le grand lit était défait, près à accueillir sur sa couche les deux amants. Très vite, Roseta se sentit soulevée dans les bras de Norrington.





Il la contempla un instant avant de la déposer entre les draps. Il ne la rejoignait point encore. Il poursuivait sa contemplation. Des bougies éclairaient la couche sur laquelle Roseta était allongée dans une sensualité dont elle ne se soupçonnait même pas.
- Vous avez épousé un pirate, dit-il soudain, je dois donc prendre quelques précautions…
Le Commodore ouvrit un coffret posé sur le chevet et en retira des chaînes de menottes.
- Il est juste que je fasse porter les fers à ma prise de guerre, ne trouvez-vous pas ?
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Dim 27 Aoû - 21:16

Attention, la température monte soudainement...Ames sensibles, s'abstenir. Laughing

Toujours aussi palpitant, que va-t-il se passer ?

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Lun 28 Aoû - 15:16

XIII Le verdict des fers



Les longs bâtons de cire des bougies se consumaient lentement autour du lit défait, laissant vaciller tout doucement leurs lumières dans les ombres du drapé de la robe de Roseta et des plis de coton des draps. La moustiquaire, habituellement tendue par précaution pour protéger la quiétude du sommeil du Commodore, ne fut point installée. Elle était soigneusement pliée sur une petite table d’appoint placée près de Roseta sans que la jeune femme ne la remarque, pas plus que l’ameublement de la chambre. Celle-ci était pourtant décorée avec goût. Tout y rappelait la mer, qu’il s’agisse des miniatures de bateaux que de la couleur bleue des tentures, des gravures posées aux murs que du ciel de lit reprenant les couleurs de la Royal Navy, faisant de ce lit un bateau, un nouveau fleuron de la flotte de Britannia. Roseta ne regardait point tout cela. Son regard était plongé dans celui du Commodore qui venait de s‘asseoir près d’elle, les fers à la main.
- Vous êtes ma prisonnière, rappela-t-il doucement.
Elle n’avait pas oublié. Elle avait consenti à ce jeu en échange de son pardon pour avoir aimé un pirate. Singulièrement, elle n’était pas effrayée, elle savait qu’il ne lui ferait aucun mal, qu’il ne voulait que lui rappeler sa position officielle sur l’île de la Jamaïque, où il était l’Autorité pour le compte du Roi George. Que c’était donc à lui qu’appartenait de décider du sort de ceux qu’il trouvait en compagnie des pirates.

Le fer des menottes cliquetait comme Norrington les manipulaient entre ses mains, sous les yeux de Roseta, alanguie. La clé n’était pas loin, ce dont il s’assura d’un regard.
- Vous arrêter pour mieux vous innocenter, murmura-t-il comme il prenait l’un des poignets de la jeune femme.
L’anneau de fer s’ouvrit. Dans un bruit métallique sec, il se referma autour de la peau douce et tendre de Roseta. Cependant, tout ceci était vain et le Commodore se mit à rire lorsqu’il s’en rendit compte.
- Vos poignets sont bien les plus petits et les plus délicats qu’il me fut donné de voir, ma chère !
L’anneau glissait sur la main de Roseta et ne tenait en place. Les fers avaient été conçus pour des pirates et, s’il arrivait parfois que leur équipage comporte une femme, le siècle passé ayant déjà vu quelques unes d’entre elles se faire Capitaine de vaisseaux au pavillon noir, cela n’était en rien comparable aux fines attaches aristocratiques de Roseta, que Norrington avait pourtant déjà remarquées comme il les tenait serrées entre ses mains dans sa cabine, à bord du H.M.S. Interceptor.
- Votre innocence est prouvée, déclara-t-il soudain, d’un ton solennel.
Les fers disparurent au bas du lit. Le cœur battant, Roseta vit le Commodore poser son épée sur le chevet et se démettre de ses effets jusqu’à ne plus conserver que ses longs caleçons en gros coton rugueux. De même, la robe de la jeune femme glissa le long de ses épaules, comme il la soulevait à demi dans ses bras avant de défaire lui-même son corset, lacet par lacet…

Quelques heures vinrent à passer. Roseta sentit une main se poser sur son épaule pour la réveiller. Dans un gémissement encore ensommeillé, elle ouvrit doucement les yeux. Elle était blottie, nue, dans les bras du Commodore.
- Vous devez retourner dans votre chambre avant que la servante se lève, murmura-t-il à son oreille. Mr Gilette lui avait donnée congé pour hier soir, elle ne vous a donc point attendue mais elle sera là au matin.



Sur ces mots, Norrington relâcha son étreinte et se leva. Il alla passer une robe de chambre et tendit à Roseta sa chemise de nuit.
- Mr Gilette me l’avait apportée avant de venir vous chercher, hier soir. Vous comprenez que nous devons être discrets. Mettez-la, emportez vos effets. Mr Gilette va revenir pour vous reconduire à votre chambre.
Roseta était comme hébétée entre les draps, tentant de se réveiller enfin. Une larme coula le long de sa joue de se voir priée de partir.
- Ne voulez-vous plus de moi ?
Norrington s’assit sur le chevet et prit ses mains entre les siennes. Il était touché et décida de se montrer patient.
- Je vous aime, Roseta. Je suis sincère lorsque je vous le dis. Mais vous devez aussi m’obéir lorsque je vous demande de retourner dans votre lit. Je m’éveille toujours tôt, je puis donc préserver votre réputation en vous faisant reconduire avant que l’on comprenne que vous n’avez point dormi dans votre lit. Me comprenez-vous ?
Roseta fit signe que oui. Il avait raison. Le temps de ces quelques heures passées entre ses bras lui avait donné l’illusion qu’il était légitime pour elle de se trouver là, mais il n’en était rien. Elle se leva donc et mit la chemise qu’il lui tendait. Elle s’approcha d’une console qui ornait un angle de la chambre et sur laquelle une horloge indiquait que cinq heures du matin avait sonné depuis près d’un quart d’heure. La demeure devait être encore calme et paisible, les serviteurs n’étaient point encore descendus. Elle essuya sur son visage la larme furtive qui avait coulé. Il avait raison. C’était un homme droit et son sens de l’honneur lui dictait sa conduite. Il voulait cette liaison avec elle mais avec le souci de ne point la compromettre, ce qu’elle ne devait pas non plus faire pour lui. Roseta lui sourit. Il lui donna un baiser et la câlina encore un peu, en attendant le Lieutenant.

Vingt minutes avant six heures, Mr Gilette se présenta pour la reconduire. Elle marchait, silencieuse, à ses côtés, et ce fut lui qui prit la parole.
- Madame, le Commodore Norrington désire que vous assistiez à la parade aux côtés du gouverneur, cette après-midi. Vous aurez une très bonne place puisque vous avez déjà eu le privilège de souper avec Son Excellence.
Roseta remercia. Un souper qu’elle n’oublierait jamais, en effet. C’était là que l’armateur hollandais l’avait vue et qu’il avait compris qui elle était en entendant le nom de son frère. C’était au cours du souper chez le gouverneur que tout avait commencé. Pourtant… Non, cela était faux, se reprit-elle. Cela avait commencé avant. Dès l’entrée du Reina Isabel à Port Royal, son destin avait été scellé. Il y avait eu cette promenade sur les remparts avec le Commodore. Cette escale imprévue dans les Caraïbes la marquerait à jamais.

Ainsi que Mr Gilette le lui avait dit, une place d’honneur fut donnée à Roseta, près du gouverneur, pour assister à la parade. Son Excellence se félicita de la revoir en bonne santé et lui expliqua avec quelle énergie toute la soldatesque s’était mise à sa recherche après sa disparition. Il lui assura que la flotte était partie dès qu’il ne fut plus permis de penser qu’elle pouvait être restée à Port Royal, ce que le Commodore lui avait déjà dit. Le soleil était haut dans le ciel et dardait ses rayons sur la cour carrée du fort où la parade venait de commencer. Roseta agitait son éventail, mi attentive, attendant que le Commodore paraisse.
- Voici votre sauveur, dit le gouverneur en le voyant arriver.



La jeune femme sourit. Les premiers accords de Rule Britannia s’élevèrent alors dans le ciel turquoise de Port Royal…
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Lun 28 Aoû - 20:59

C'est chapitre son toujours aussi génial Very Happy Bravo
j'attend la suite avec impatience
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Lun 28 Aoû - 21:48

Très bel hymne, je confirme.

Merci pour tout ma grande Reine et beau chapitre.

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mer 30 Aoû - 0:48

Merci tous les deux ! cheers



XIV Une visite inattendue



Les fusiliers marins en veste rouge, de la masse desquels se détachaient les officiers en veste bleue, effectuèrent plusieurs manœuvres sous les battements des tambours, alors que le drapeau aux couleurs de l’Angleterre claquait majestueusement au vent du haut de son mas. Ils ouvrirent enfin le rang et une haie d’honneur se fit pour laisser passer le Commodore Norrington.



- Cette parade est en votre honneur, dit à voix basse le gouverneur à Roseta. Le Commodore Norrington vous a arrachée des mains des pirates et nous sommes tous fiers de la manière dont il commande la flotte de notre Très Gracieux Souverain, tout comme nous rendons grâce à Dieu qu’Il ait permit de vous retrouver saine et sauve.
Norrington était maintenant devant l’estrade où se tenait le gouverneur et Roseta, ainsi que les autres invités à la parade, épouses d’officiers ou membres de l’aristocratie civile. Il salua Son Excellence, puis Roseta et vint se placer auprès d’eux pour regarder manœuvrer ses hommes. Rule Britannia s’éleva une fois encore dans le ciel de Port Royal :

Rule, Britannia! Britannia, rule the waves :
Britons never shall be slaves.


Roseta continuait d’agiter son éventail. Elle était touchée que ce défilé militaire soit un peu pour elle aussi, mais les paroles du gouverneur l’attristaient également. Arracher aux mains des pirates, en effet, mais cela valait-il que Jamie meurt ? La jeune femme sentit une larme au coin de sa paupière. Elle n’avait pas pensé à lui, au cours de la nuit, alors qu’elle éprouvait tant de plaisir dans les étreintes du Commodore. Elle s’était jurée de solliciter sa clémence dans un moment de bonne humeur mais ne l’avait point fait. Pourtant, ne serait-ce que de voir les menottes, les chaînes, les fers eussent dû lui rappeler Jamie. Avait-elle si peu de cœur que cela, pour oublier si vite celui qu’elle avait consenti il y a peu encore à apprécier comme un époux ? Elle devait l’aider, faire au moins tout ce qui serait possible. Peut-être le Commodore se montrerait-il plus magnanime si elle lui rappelait que son ravisseur était l’armateur hollandais et non le Capitaine Waring, que lui n’avait fait que l’emporter avec lui parce qu’il l’avait trouvée dans la cabine du Capitaine Sparrow. « Jamie… et pauvre Jack », songeait-elle aussi, à la pensée du Blue Lagoon gisant au fond des eaux turquoise des Caraïbes, elle qui ne pouvait savoir que Jack était en vie bien que son navire ait réellement coulé.

De son côté, Norrington avait perçu le chagrin de la jeune femme. Il n’en avait rien laissé percevoir, se tenant au contraire dans une imperturbable dignité telle que l’exigeait sa position et son grade. Il entendait cependant Roseta agitait un peu trop vite son éventail et s’arrêter parfois pour tortiller ses gants de dentelle qui n’avaient pourtant nul besoin d’être arrangés, très bien mis sur ses mains fines. Seul Norrington avait remarqué ces minuscules petits frottements. A la fin de la parade, alors que les invités bavardaient par petits groupes, il s’esquiva un instant pour donner un ordre au Lieutenant Gilette. Roseta déjeunait en compagnie du gouverneur. Elle était resplendissante dans une robe couleur lavande et le cœur de Norrington ne pouvait plus, désormais, s’empêcher de battre plus fort lorsqu’il la voyait. Il aimait autant contempler son beau visage que la voir de dos ou bien de trois quarts, la nuque offerte par les cheveux relevés en chignon. Son cou était un appel pour ses baisers, mais il devait se contenir jusqu’au soir. Roseta échangeait quelques mots avec les invités, venus leur témoigner leur satisfaction à la voir rendue au monde civilisé. Norrington se doutait pourtant que si la jeune femme avait un mot gentil pour chacun elle n’en percevait pas moins la curiosité indélicate que l’on portait aussi sur elle. Il était peu fréquent de retrouver sain et sauf quelque proie tombée aux mains des pirates et l’on regardait Roseta de loin en échangeant suppositions et certitudes sur ce qui avait pu lui arriver lorsqu’elle était leur prisonnière. Norrington fut satisfait de la voir enfin seule, ayant échappée à cette curiosité qui avait cependant su lui éviter les questions indiscrètes qu’on eut pu lui poser si Port Royal avait compté son nid de vipères que l’on trouvait dans toutes les Cours d’Europe. Norrington échangea quelques mots avec Roseta, tous anodins, avant de pouvoir enfin la prendre à part.
- Je vous donne la permission de voir Waring en prison. Le Lieutenant Gilette vous escortera. Vous le verrez quand il vous plaira.



La stupéfaction laissa Roseta incapable de prononcer le moindre mot l’espace de quelques instants. Avait-elle bien entendu ? Le Commodore avait-il compris sa peine pendant la parade ? Lorsqu’elle eut la force de le remercier, il avait détourné son visage et s’éloignait. C’était un homme bon et charitable, il voulait lui faire plaisir dans la mesure de ses possibilités. Il ne pouvait le faire libérer parce qu’il était tenu par la loi, mais il lui permettait de le voir, ne serait-ce qu’une dernière fois, ce qu’il lui avait toujours refusée sur le H.M.S. Interceptor. Il ne permettait point cela pour lui faire voir Jamie en butin, Jamie en captif, mais pour lui laisser un peu de temps pour lui dire au revoir. « Vous le verrez quand il vous plaira », avait-il dit. Elle pourrait donc rendre visite à Jamie tant que son époux ne serait point revenu, puisque c’était ce retour que Norrington attendait pour l’exécution du prisonnier. Elle ne pourrait obtenir mieux pour le moment, elle le savait. Lorsque tous les invités eurent déserté la cour carrée, les remparts et les chemins de promenade, la jeune femme partit à la recherche du Lieutenant Gilette qui avait les clés de la cellule de Jamie. Il sourit en l’apercevant, devinant sans peine ce qu’elle désirait.
- Suivez-moi, Madame, dit-il simplement.

L’instant de quelques marches, et Roseta se retrouvait dans les escaliers du fort menant aux geôles. Bien des pirates y avaient été emprisonnés avant le « saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal » comme disait Norrington pour évoquer la pendaison. La potence se dressait dans une autre vaste cour carrée, non loin de là. Roseta l’avait aperçue, frissonnant derrière Mr Gilette. Elle n’avait pas vu, en revanche, les squelettes des boucaniers suspendus peu avant l’entrée dans le port près de l’inscription « Pirates, vous voilà prévenus », placés là pour l’exemple. Une moiteur fétide saisit la jeune femme en entrant dans le long couloir sombre des geôles. Elle tamponnait son visage de son mouchoir, mais le laissa échapper d’entre ses doigts lorsqu’elle reconnut l’homme emprisonné dans la dernière cellule.
- Jamie… murmura-t-elle d’une voix à peine audible, les lèvres tremblantes.
Elle se retourna un instant. Mr Gilette était toujours là. Par sécurité, il ne pouvait la laisser seule avec Waring. Roseta s’en accommoda. Il lui suffirait de parler espagnol pour confier à Jamie tout ce qu’elle voudrait lui dire. Il comprenait cette langue, elle le savait. Agrippée aux barreaux, la jeune femme découvrit Jamie, mains entravés, mais il pouvait se mouvoir. Il se redressa lentement, les membres ankylosés par le séjour dans la cale du H.M.S. Interceptor et une inactivité forcée qui ne pouvait convenir à un pirate. Il lui semblait rêver : était-ce bien Roseta, sa Roseta qui se tenait devant lui, ses petites mains agrippées aux barreaux ? Il croyait ne plus jamais la revoir, ou ne la revoir qu’au moment de sa pendaison. Que lui disait-elle ? Elle parlait espagnol. Elle lui disait qu’elle allait bien.
- Paloma mia, ma Colombe… dit-il à son tour dans cette langue que Gilette ne comprenait pas à la différence du Commodore, vous êtes venue… Vous avez pu venir…
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mer 30 Aoû - 1:10

James est un coeur tendre, il a toujours fait plaisir à sa belle. ^^

La suite !

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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mer 30 Aoû - 17:12

Génial,toujours génial Very Happy BRAVO
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mar 5 Sep - 1:59

Merci !!!! Voici enfin la suite. flower



XV Les geôles de Port Royal





Le temps était comme suspendu. Les deux visages se contemplaient de part et d’autres des barreaux, si près mais si loin tout à la fois. Leurs mains, cependant, pouvaient se toucher, passer l’interstice qui les séparaient et se rejoindre, se serrer l’une contre l’autre comme les deux êtres eussent aimé le faire. Agrippée d’une main à l’un des barreaux, Roseta avait passé l’autre à l’intérieur de la geôle. Jamie était venu à sa rencontre ; leurs doigts se joignirent enfin. Elle ferma les yeux un instant ; c’était comme l’union de leurs deux corps. Leurs mains étaient également en cet instant le prolongement de leurs deux âmes. En cet instant, il n’y avait plus ni Enrique ni Commodore, seulement Jamie, Jamie que Roseta ne pouvait s’empêcher d’aimer comme elle ne pouvait non plus refuser son amour aux deux autres. Elle oubliait Mr Gilette qui attendait patiemment qu’elle termine sa visite au prisonnier. Le loyal et discret Lieutenant se tenait pourtant toujours en retrait, dans l’ombre, veillant à ce qu’il ne lui arrive rien. Précaution rendue inutile en raison des solides barreaux – quoiqu’il eut pu passer les mains au travers et l’étrangler - mais tels étaient les ordres du Commodore. Il était impensable que Roseta ait accès aux geôles, seule.

Il fallait bien qu’une parole rompe cet instant. Aussi intemporel soit-il, il fallait bien des mots pour que tout soit dit. Roseta rouvrit les yeux et sourit doucement. Quelques mots espagnols franchirent ses lèvres. Elle demandait à Jamie s’il était bien traité.
- Je suis forcé de le reconnaître, si je ne parle pas de la nourriture infecte ! répondit-il presque à regrets.
- Mais on ne vous a point frappé, n’est-ce pas ? insista-t-elle.
- Non.
Roseta était soulagée. Lorsque le Commodore avait refusé de la laisser le soigner, dans la cale du H.M.S. Interceptor, elle avait eu très peur pour la blessure qui lui avait été faite au moment de sa capture sur l’île de Tortuga. Elle voyait maintenant que Jamie portait un bandage sur l’arrière du crâne. Puisqu’il disait ne pas avoir été frappé depuis, il ne pouvait s’agir que de cette blessure qui avait donc finalement été soignée. Roseta se promit de remercier Norrington de sa compassion. Jamie, de son côté, ne pensait pas à la douleur qui avait vrillé sa tête pendant tout le voyage jusqu’à Port Royal. Roseta était là, à présent. Elle avait pu venir.
- J’avais peur de ne plus jamais vous revoir… Lorsque je vous ai vue quitter ce maudit bateau, je…
Jamie sentit un muscle se contracter sous sa mâchoire. Il serra plus fort la main de Roseta, sans même s’en rendre compte. Il la revoyait quitter le H.M.S. Interceptor sans se retourner, honteuse de ce que le Commodore lui avait fait, heureusement sans savoir que lui, Jamie, savait et avait vu. Il aurait sauté à la gorge de Norrington si les chaînes ne l’avaient pas entravé. Lorsque Norrington avait pointé son épée sur lui pour lui apprendre les bonnes manières, il lui avait fallu une grande maîtrise de soi pour ne pas crier à tout l’équipage ce que cet officier si respectable avait fait à une femme mariée placée sous sa protection, mais il aurait fait plus de mal encore à Roseta en révélant son déshonneur. Il devait se taire sur ce point ; pour elle. Du moins, pour le moment. Jamie réfléchissait à un moyen de quitter Port Royal en vie et il commençait à entrevoir un espoir. Il se doutait que Norrington serait discret, que seul son Lieutenant le plus fidèle savait. Jamie, lui, serait pendu, aussi Norrington avait-il pris le risque de lui faire voir sa conquête. Il n’appartenait qu’à Jamie d’exercer un chantage sur lui, de menacer de dire, au moment de la pendaison, que le Commodore Norrington avait profité de la présence dans sa cabine de la jeune femme qu’il venait de sauver des pirates. La pendaison serait publique, il était même probable que le mari de Roseta y assiste s’il n’était perdu en mer. Norrington ne laisserait pas dire cela. Deux issues s’offriraient alors à Jamie : ou bien il serait mystérieusement découvert mort dans sa prison, ou bien le Commodore s’arrangerait pour qu’il s’en aille en espérant qu’il ne revienne jamais. C’était un risque à prendre.

Du revers de sa main, Jamie caressait doucement le visage de Roseta.
- Ma Colombe… Pardonnez-moi cette question, mais… Avez-vous… Avez-vous retrouvé votre mari espagnol ?
Il fallait qu’il sache. De cela dépendait le temps qu’il lui restait avant la pendaison. Roseta sursauta légèrement.
- Je… Non. Il est parti à ma recherche avec mon frère. Le Commodore a envoyé depuis quelques temps déjà, alors que nous étions encore en mer, un navire pour les rattraper.
Jamie poussa un soupir de soulagement. Il ne doutait pas d’être emprisonné tant que le mari ne serait pas de retour : Norrington désirait sans doute l’offrir en pâture, ne pouvant être pendu qu’une seule fois il fallait s’assurer que ce serait le moment idéal.
- Vous traite-t-on bien en son absence ? ne put-il s’empêcher de demander.
La question décontenançait Roseta ; elle pensait à Norrington.
- Oui… Oui, bien sûr.
- C’est bien. Je veux que vous soyez bien traitée.
Il s’en fallut de peu pour que Jamie ne laisse éclater sa fureur à l’encontre de Norrington et ne révèle à la jeune femme ce qu’il avait vu dans la cabine. « Je le tuerai pour ça ! » hurlait-il en son for intérieur. « Je veux rester en vie pour pouvoir le tuer un jour ! » Cependant, Jamie savait qu’il lui faudrait dissimuler cette haine s’il voulait que son chantage débouche sur sa libération et non sur une mort inexpliquée dans ces geôles où personne ne viendrait se soucier de ce qui lui serait arrivé. Norrington ne devait pas le voir comme une menace mais croire au contraire qu’il était préférable de le laisser partir du moins pour un temps, avant de retourner à la chasse contre les dernières menaces pirates des Caraïbes une fois Roseta loin de là, en route avec son époux vers ces terres d’Amériques où les conduisait leur voyage.

Le temps pressait, il faudrait bientôt se séparer. Jamie distinguait dans l’ombre le Lieutenant Gilette qui commençait à remuer d’un pied sur l’autre. Nul doute qu’il viendrait sous peu rappeler à Roseta qu’elle ne pouvait plus s’attarder.
- Ma Colombe… Il y a quelque chose que vous pouvez faire pour moi, demanda-t-il soudain.
La jeune femme ouvrit de grands yeux étonnés.
- Que je puisse faire, moi ?
- Vous êtes l’invitée du Commodore. Dînez-vous avec lui ? Pouvez-vous le rencontrer ?
Roseta fut reconnaissante à la lueur déclinante du jour qui se faufilait avec peine par une misérable ouverture dans la paroi du mur de la forteresse. Elle était devenue cramoisie, mais Jamie ne le remarqua pas. Ses yeux étaient rendus fragiles par son enfermement.
- Oui, il me convie à sa table.
- Je veux le voir. Lui parler une fois. J’entrevois l’espoir de quitter cette maudite île et je le ferai !
La jeune femme ne sut que dire. Comment espérait-il convaincre le Commodore en lui parlant ?
- Je… Oui… Je le lui demanderai. J’essayerai…
- C’est bien, ma Colombe. Il me laissera partir parce que c’est son intérêt.
« Et je reviendrai vous chercher », ajouta-t-il pour lui-même tandis que Roseta se demandait, inquiète, ce que Jamie avait imaginé pour être si sûr d’échapper à la corde…

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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mar 5 Sep - 2:12

Un chapitre qui va me permettre de bien dormir et de faire de beaux rêves cette nuit...

Je ne m'en lasserai jamais de tes récits ! Wink

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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mar 5 Sep - 12:10

Je croit que personne ne se laseras des récits de notre queen chère Reine queen
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mar 5 Sep - 21:58

XVI Le retour du H.M.S. Dauntless



Le soir même, Roseta retrouvait les bras du Commodore, ainsi qu’il le lui avait laissée entendre au cours de la nuit précédente. Sans le lui dire toutefois, mais la jeune femme avait compris qu’il lui enverrait de nouveau Mr Gilette pour la conduire à ses appartements. L’exercice fut cependant plus périlleux ce soir-là. En effet, il eut semblé singulier que de donner encore la soirée à la servante que l’on avait assignée à Mrs Monastorio. Or, celle-ci devait croire que la jeune femme dormait bel et bien dans la chambre qui lui avait été donnée ; seul Mr Gilette devait être dans la confidence de la liaison compromettante de son supérieur. La soirée se déroula donc par plusieurs étapes qui eussent brisé tout romantisme si le Commodore ne savait pas déjà Roseta éprise de lui. Ils soupèrent cette fois dans la grande salle à manger. Le Lieutenant Gilette était présent, ainsi qu’un autre officier dont Roseta ne retint pas le nom. Assise à une extrémité de la longue table, face au Commodore, elle eut à plusieurs reprises l’impression d’être son épouse, comme cette impression avait jailli en elle la veille, dans la petite salle à manger privée. « Lady Norrington » se dit-elle, absente des conversations entretenues autour d’elle. Les hommes se retirèrent ensuite dans la salle de billard avec un brandy. Roseta fut priée de retourner à ses appartements. Norrington lui fit une espèce d’excuse, comme quoi le lendemain il convierait aussi des épouses d’officiers pour lui tenir compagnie après le souper, mais ni lui ni Roseta n’y tenait.

La jeune femme crut un instant que Norrington ne la ferait point appeler en fin de compte. L’espace d’un instant, le doute vint la hanter ; bien malgré elle, alors qu’elle avait été si heureuse de voir Jamie, alors que Enrique revenait sans cesse dans son esprit, elle en fut très triste et se sentit déjà délaissée. Pourtant, une fois la demeure endormie, Mr Gilette vint gratter à la porte discrètement. Comme la veille, il la conduisit aux appartements privés de Norrington avant de s’éclipser tout aussi discrètement. Nul doute qu’au petit matin il serait de nouveau là, fidèle au poste comme sur le pont. Roseta retrouva un Commodore impatient à la faire basculer entre ses bras. Les bâtons de cire des bougies se consumaient en silence près du lit, faisant miroiter le cristal d’une carafe de vin assortie de ses deux verres. Après une première union de leurs deux corps, Norrington avait tendu l’un d’eux à Roseta, alanguie sur la couche. Il la trouvait si belle ainsi, auréolée de sa sombre chevelure, ses lèvres gonflées de volupté et entrouvertes, son regard pétillant. Elle était si différente le jour ! Il se demandait si elle était ainsi avec Enrique. Il ne pensait pas à Waring. La jeune femme humecta ses lèvres d’une gorgée d’un vin fruité et doux. Il retira le verre de cristal pour essuyer d’un doigt quelques gouttelettes embrassant ses lèvres.
- James… s’hasarda Roseta en soupirant.
Norrington lui sourit. Il laissa son doigt sur ses lèvres comme pour la faire taire, les clore dans le silence.
- Commodore, corrigea-t-il.
Roseta rougit.
- Commodore… répéta-t-elle docilement comme il libérait ses lèvres.
Un frisson parcourut son dos devant tant d’autorité. Elle s’abandonna une seconde fois.

Ce fut au petit matin, peu avant l’arrivée du Lieutenant Gilette, que Roseta osa présenter la requête de Jamie.



Il n’avait pas été question de lui jusque là. Norrington ne lui avait pas demandée si elle lui avait rendu visite ou non en prison. La jeune femme s’était faite la promesse de demander sa grâce, en présentant le fait que son ravisseur n’était point le Capitaine Waring mais cet armateur hollandais qui, depuis, avait trouvé la mort. Ce n’était plus son propos, à présent. Jamie semblait avoir une idée et aussi folle puisse-t-elle être, Roseta lui avait promis de l’aider en sollicitant du Commodore une entrevue. Elle ne voulait pas trahir Norrington, se faire complice d’une évasion qui ferait mauvais effet pour sa carrière d’officier, mais elle trouvait injuste que Jamie soit condamné à mort. Il avait été bon avec elle. Peut-être pourrait-il partir, ainsi qu’il l’espérait, sans que cela fasse du tort au Commodore ? Elle présenta donc sa requête. Norrington s’en trouva fort surpris.
- Mais, que désire-t-il donc ? Pense-t-il me faire renoncer au rendez-vous que j’ai pris pour lui avec la potence ?
- Je l’ignore, Commodore. Il…



La jeune femme se résolut à mentir.
- Je crois qu’il veut demander pardon.
- Je ne suis pas un confesseur ! s’exclama Norrington.
- Certes, mais… Il veut vous dire qu’il regrette de s’être fait pirate. Qu’à défaut de pouvoir le dire à son souverain, il le dira à vous qui êtes l’autorité militaire de l’île.
Norrington trouvait tout cela bien singulier. Ce Waring était-il fou ? Pourtant, cette idée de lui accorder quelques minutes de son temps ne déplaisait pas au Commodore. Si ce Waring, qu’il refusait de nommer « Capitaine », voulait encore entendre que Mrs Monastorio était à présent entre de bonnes mains, grand bien lui fasse. Peut-être voulait-il chasser son image en se convaincant qu’elle n’était plus qu’un lointain souvenir ? Fort bien. Norrington consentit donc à voir Jamie. Il irait la veille de son exécution.
- Je vous ai donnée la permission de le voir chaque fois que vous le désirez. Dites-le lui lorsque vous irez. Je le verrai.

En fin de matinée, comme Roseta quittait les geôles du fort, suivi de l’inévitable Lieutenant Gilette, son regard fut attiré vers les remparts où régnait un inhabituel mouvement. Un fusilier-marin se précipitait vers eux pour annoncer le retour du H.M.S. Dauntless ainsi que le vaisseau qu’il avait pour mission de faire rattraper par un sloop en partance de la Dominique. Le cœur de la jeune femme manqua un battement. Enrique et Axel étaient de retour !
- Ooh, Seigneur… soupira-t-elle, avant de perdre connaissance.
L’émotion était trop vive. Elle ne les avait pas vus depuis la nuit de son enlèvement et tant de choses s’étaient produites ! Il lui suffisait de songer à Jamie et à Norrington pour que ses retrouvailles avec son époux la bouleversent de la sorte. Le Lieutenant Gilette s’alarma en la voyant ainsi. Il la souleva dans ses bras avec précaution, tandis que le fusilier-marin le regardait, hébété.
- Ne restez pas là ! s’emporta Gilette, Allez dire au Commodore Norrington que le H.M.S. Dauntless est de retour et qu’il revient avec le H.M.S. Fearless !

Le fusilier-marin trouva le Commodore assis à son bureau, occupé à consulter des cartes maritimes. Il avait réussi à trouver Tortuga sans trop de peine et à entrer jusqu’à son port. Il fallait que ce repaire soit convenablement répertorié avec ses rochers, mieux qu’il ne l’avait jamais été. A l’annonce du retour des deux vaisseaux, une immense tristesse s’empara de lui. Il se sentait soudainement abattu et découragé : Roseta partirait bientôt à jamais loin de lui ; elle retrouvait son époux. Norrington présenta cependant une expression des plus satisfaites en apprenant la nouvelle et se précipita pour accueillir le Commandant Monastorio et le Comte de Fersen, ainsi que les deux équipages…
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mer 6 Sep - 0:23

Tout le monde se rassemble enfin. cheers

Je sens une grosse bataille à venir. ^^

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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Mer 6 Sep - 18:01

Maintenant que les trois hommes sont là y faudras qu'ele en choisissent un!!!
La suite de ton histoire est toujours géniale Very Happy Bravo
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MessageSujet: Re: "D.M.T.N.T. II : Return to Port Royal" [POTC]   Jeu 7 Sep - 1:03

Roseta ne va pas choisir entre le trois, elle ba suivre son mari. Wink



XVII Les retrouvailles



Les paupières de Roseta frémirent tandis qu’un soupir effleurait ses lèvres jusque là closes. La jeune femme reprenait conscience et ses yeux s’ouvraient tout doucement sur un visage familier penché sur elle. Le Comte Axel Ludvig von Fersen était au chevet de sa sœur et son regard trahissait son inquiétude. Non que Roseta ne fut accoutumée à s’évanouir. Depuis toujours, une émotion un peu vive faisait sombrer la jeune femme dans l’inconscience. Il n’y avait rien à faire d’autre que de la ranimer en lui donnant des sels ou bien en frottant ses poignets et ses lèvres de quelques gouttes de vin. Cependant, Axel Ludvig était anxieux. Il ne pouvait s’empêcher de penser aux événements survenus depuis leur arrivée à Port Royal. Celle qu’il nommait sa jeune sœur en dépit de leur gémellité avait été enlevée et retrouvée à Tortuga, repaire de pirates, au bout d’une dizaine de jours sans doute plus terribles les uns que les autres. Dès l’arrivée du H.M.S. Dauntless et du H.M.S. Fearless, Enrique et lui avaient été accueillis par le Commodore Norrington et reçus dans son bureau.



Celui-ci tenait à s’entretenir avec eux avant que les deux hommes puissent enfin retrouver Roseta, l’un sa sœur, l’autre son épouse.

Le sloop envoyé par le H.M.S. Dauntless les avait trouvés avant qu’ils ne parviennent à Maracaïbo. Ils n’avaient que peu d’avance, ce fut pourquoi ils rejoignaient Port Royal seulement quelques jours après le H.M.S. Interceptor, vaisseau sur lequel la jeune femme avait voyagé. Norrington leur avait expliqué comment ses hommes avaient retrouvé Roseta dans la demeure du dénommé Waring et comment se dernier se trouvait-il prisonnier, enfermé dans les geôles du fort en attendant d’être pendu sur les quais. Axel Ludvig avait su contenir toute la rage qui bouillait en lui en imaginant quels sévices sa sœur avait dû endurer, bien que le Commodore leur ait assurés qu’elle se portait bien et n’avait été ni blessée ni maltraitée. Le Comte pensait à des blessures que l’on ne voit point mais ne font pas moins souffrir. Enrique, quant à lui, laissait de temps à autre exploser une rage qu’il ne savait contenir. Depuis le jour de la disparition de sa femme, il n’avait eu de cesse de répéter qu’il tuerait de ses propres mains son ravisseur. Norrington dut le convaincre que la pendaison de Waring était le châtiment idéal – « Un saut dans le vide suivi d’un arrêt brutal », dit-il selon son expression favorite – et qu’il interdisait formellement tout lynchage sur le ressort de ses fonctions. Enrique dut s’en contenter, soucieux également de ne point mécontenter le représentant du gouvernement britannique, mais passer ce Waring au fil de sa lame de Tolède le démangeait. N’ayant point perdu la raison, il choisit de sortir faire quelques pas sur les remparts afin de se calmer et de ne point voir sa femme tout de suite, de peur de la trouver le visage peut-être marqué de coups malgré ce que Norrington avait dit.

A la fin de l’entretien, comme le Commodore allait faire venir Roseta, le Lieutenant Gilette vint informer son supérieur que celle-ci s’était évanouie en apprenant que son époux et son frère étaient de retour. Un voile de tristesse passa furtivement dans le regard de Norrington, sans que quiconque, cependant, ne le remarque. Il connaissait la raison de ce malaise, il était cette raison. Désormais, Roseta retrouvait son époux, leur coupable liaison avait pris fin. La jeune femme était sans doute hantée par le remord et elle devrait vivre en cachant à ce mari qu’elle avait aimé un autre homme au cours de son absence. Il refusait de penser qu’elle en avait, en réalité, aimé deux. Waring ne le méritait pas.



Puis, tandis que Norrington se retirait, pensif, dans son bureau, Axel Ludvig se rendit au chevet de sa sœur et attendit qu’elle revienne à elle. Le Lieutenant Gilette l’avait allongée sur son lit et la servante s’était occupée de délacer son corset. Les sels étaient restés sans effet, ainsi que le vin. Cela arrivait parfois lorsque l’émotion était trop grande. Il fallait parfois qu’un médecin fasse une saignée, mais ce ne fut point nécessaire cette fois. Roseta semblait dormir paisiblement, et Mr Gilette l’avait laissée, au moment où la servante commençait à la déshabiller, pour prévenir le Commodore ainsi que le mari et le frère. Homme discret et loyal, le Lieutenant comprenait la situation de son supérieur qui avait entretenu quelques jours une liaison avec une femme mariée. Il ne dirait rien au mari. Si le Commandant Monastorio apprenait un jour l’incartade de son épouse, ce serait d’elle-même, de son propre aveu.

Roseta souriait affectueusement à son frère. Il lui semblait que des mois étaient passés depuis la dernière fois qu’elle le vit, à leur retour du souper donné par le gouverneur en leur honneur. Elle devinait qu’il brûlait de lui poser mille questions tout en désirant ménager sa fragilité et la pudeur toute naturelle qu’elle aurait à conter ce qui était advenu depuis son enlèvement, mais ce n’était point encore le moment. Ils étaient heureux d’être ensemble et cela seul importait. Viendrait ensuite le temps des confidences. Axel Ludvig ne devait pas brusquer sa sœur ; elle savait qu’elle pourrait pleurer dans ses bras et se confier lorsqu’elle en aurait la force. Lui confier peut-être ce qu’elle ne dirait point à son époux. Le Comte craignait d’apprendre de Roseta que l’on avait abusé d’elle, mais il serait la seule personne à laquelle elle confierait cela ; elle avait confiance en lui, il ne le répéterait pas à Enrique.

Si, à bord du H.M.S. Interceptor, Norrington avait reproché à Roseta de ne point demander où était son époux, il n’en fut point de même cette fois, et, quelques heures plus tard, le Commandant Monastorio apparaissait enfin devant son épouse. La promenade l’avait calmé. Il serait temps de penser à ce Waring pendant la nuit, lorsque Roseta dormirait, ainsi qu’à cet armateur hollandais qui avait rejoint les damnés depuis quelques temps déjà. Il serait temps de penser à l’objet de toutes ses attentes après les retrouvailles d’avec sa femme : la pendaison. La date de celle-ci était désormais fixée, Waring monterait sur la potence le surlendemain. Le Commodore venait d’en décider ainsi et en avait fait part à Enrique. Roseta, elle, l’ignorait encore. Son esprit n’était d’ailleurs occupé que d’une seule chose pour le moment : Enrique. Son mari était là, il était bel et bien réel. Il se tenait près du lit et la contemplait d’un regard brûlant d’amour. Elle avait oublié qu’il était si beau, que ses yeux savaient la transpercer et toucher son cœur dont les battements s’étaient accélérés en le voyant entrer dans la chambre. Le Comte avait souri et s’était éclipsé, laissant les deux époux seuls. Enrique était maintenant assis près de sa femme. Il avait prit ses mains entre les siennes et, pour la première fois depuis sa disparition, un sourire étira ses moustaches finement taillées.
- J’eus si peur pour vous… dit-il enfin, après un silence néanmoins des plus éloquents.
Mais, tout comme Axel Ludvig, Enrique ne souhaitait pas parler de ces moments de séparation pour le moment. Il avait eu toutes les peines du monde à se calmer au cours de sa promenade, il ne voulait point évoquer maintenant les terribles pensées qui le hantaient à propos de Waring. Il ne fallait pas effrayer Roseta en laissant la colère l’envahir. Il savait de quelles scènes il pouvait être capable et cela la bouleverserait. De même, un vif désir de l’embrasser, de la serrer dans ses bras, en un mot d’accomplir le devoir conjugal le prenait, mais il comprenait que cela ne pouvait qu’épuiser son épouse qui avait eu tantôt un malaise et dont le choc des retrouvailles était assez pour le moment. A contrecoeur, après avoir passé quelques instants près d’elle à serrer ses mains entre les siennes, à lui sourire, Enrique choisit de se retirer dans ses propres appartements.
- Je vous laisse vous reposer, querida
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