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 "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Lun 17 Juil - 0:16

Cow-boy a écrit:
Rien que pour ça je vais rester présent sur le forum, pour attendre la suite.

Où as-tu ce don ?

Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed

Mais il faut rester sur le forum même quand ce sera fini, lol ! lol!



Chapitre IX


Ce fut en retournant à l’hôtel que Rosetta découvrit Ravenswood Manor. Pourtant imposant, dominant Thunder Mesa de son promontoire, la jeune femme ne l’avait étrangement pas vraiment remarqué à son arrivée. Sans doute trop excitée à l’idée de retrouver son mari, songeait-elle. Pourtant, comment ignorer une telle demeure ? Il n’y avait point de brume pour la masquer. Et c’était seulement maintenant qu’elle lui faisait face qu’elle la découvrait comme une évidence. Elle voyait de loin les grilles de fer forgé, un bout des jardins sur la partie la moins surélevée de la pente. Une gloriette. Elle devinait un pavillon plus loin. Comme hypnotisée, elle crut un instant entendre un chant léger, étouffé, porté par le vent. Elle se sentait portée, comme attirée. Elle voulait pousser les grilles de fer forgée, elle voulait entrer dans ces jardins. Elle voulait…

La voix de Thomas la tira d’une demi somnolence dans laquelle elle avait semblé tomber sous quelque emprise invisible parce qu’elle s’était arrêter pour contempler le manoir. Bien qu’éloignée encore des grilles, quelque chose l’attirait et la fascinait. Lorsqu’elle se retourna vers son mari, ses enfants et Helen, elle vit qu’elle était la seule à s’être tant approchée. C’était comme si le manoir était apparu pour elle. Elle se tourna à nouveau et fut presque soulagée de voir qu’il était encore là.
- M’man ! P’pa est habillé bizarrement !
La voix de Thomas. Effectivement, Tyrone portait toujours la fameuse redingote du fantôme.
- C’est pour le travail de Papa, expliqua-t-elle.
Puis, s’adressant directement à son époux :
- Heureusement que tu as enlevé ce masque affreux, le chapeau et la cape ! Tu aurais terrorisé les enfants !
- Tu as raison ! Déjà, tu t’es évanouie, je suis coupable. Je me demande d’ailleurs pourquoi ne me suis-je pas changé pour me promener ? Tout à l’heure, j’étais pressé de vous rejoindre, mais là ? Imagine que la presse nous ait pris en photos, j’aurais eu l’air bien dans ce costume au milieu de vous !
La jeune femme se mit à rire. Mais une chose n’allait pas.
- Tyrone… Où est la presse ? Je n’ai vu aucun journaliste depuis que je suis ici. Oh, depuis très peu de temps, bien sûr, mais ne devrait-il pas y en avoir comme tout à l’heure lorsque nous avons salué tes amis ?
- Oui, tu as raison ! Pourtant tout le monde sait que nous sommes ici, on en a parlé dans Life, mais personne ! On ne va pas s’en plaindre, n’est-ce pas, ma chérie ?
L’acteur éclata de rire et déposa un baiser sur la joue de sa femme. Ils cessèrent de penser à cela et s’engouffrèrent dans l’hôtel. Mais avant de se remettre en route, Helen se retourna pour regarder le manoir. Un long frisson lui parcourut l’échine. Sans en connaître la raison. Mr Power n’avait pas paru s‘étonner en voyant sa femme avancer pour s’arrêter enfin quelques pas devant eux, les yeux posés sur la demeure. Mais Helen avait ressenti quelque chose et cela lui déplaisait…

Deux heures plus tard, les Powers se rendaient dans la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse. Tyrone, sa femme, mais également Helen, les enfants et Norbert. Alors qu’ils descendaient les escaliers, un premier coup de tonnerre se fit entendre, réveillant brutalement le petit Dallas. Rosetta se mit à le bercer, murmurant des paroles apaisantes et douces. Elle non plus n’aimait pas les orages. Elle tenait cette peur de la guerre. Elle n’avait pas connu de bombardements mais chaque coup de tonnerre lui faisait l’effet d’un avion de l’Air Force touché par l’ennemi et tombant en flamme. Elle eut tremblé à chaque minute, à chaque seconde si elle avait été la femme de Tyrone dans ces années-là. Ses talents de pilote, en effet, l’avait conduit à conduire de nombreuses missions sur le front du Pacifique. Un océan qui alors portait bien mal son nom, comme une ironie cinglante. Ce fut, cette fois, la voix de Rita qui la détourna de ses pensées.
- Tyrone ? Tu soupes ici, alors, tu n’as pas changé d’avis ?
- Non, pour rien au monde je ne sacrifierais une soirée avec ma famille, l’entendit-elle répondre.
Rita se mordit les lèvres. Il savait être blessant ! Était-ce la présence de Clark à ses côtés ? Oui, c’était sûrement cela ! Tyrone était jaloux ! Elle s’en convainc et en fut satisfaite, retrouvant aussitôt sa bonne humeur. Elle n’allait pas devenir verte de rage pour « la petite Rosetta ». Elle ne put cependant s’empêcher d’être un peu jalouse alors qu’elle portait son regard sur les mains de Mrs Power. Celle-ci berçait toujours son bébé. L’actrice vit qu’elle portait un très joli vernis à ongles, ce qui lui était interdit à elle pendant la durée du tournage ! Elle se contenta de constater que Rosetta ne portait pas d’autres bijoux que son alliance et une petite croix autour du cou. Tyrone préférait sans doute en offrir à sa maîtresse, à elle ! Il lui avait offert de très beaux colliers, des bracelets magnifiques. Là n’était pourtant pas la raison. Tout simplement, Rosetta aimait la simplicité, et son mari lui avait dit que Thunder Mesa était une ville de pionniers et qu’il n’y avait pas besoin d’y paraître comme lors d’un gala au Graumann’s Chinese Theatre. Devant le refus persistant de Tyrone, les deux acteurs quittèrent l’hôtel pour se rendre au Lucky Nuggett. Clark dans un costume assez sobre. Rita dans une extravagante robe fushia. Les Powers n’entendirent pas celle-ci dire à son compagnon : « Ty devient bien pantouflard ! Il reste avec Madame et les gamins, maintenant ! »

Loin de la salle bruyante et enfumée du saloon, Tyrone, Rosetta, Helen, Norbert et les enfants soupaient agréablement dans le cadre feutré du restaurant. Dallas avait cessé de pleurer. Il suçait à présent son pouce, à demi endormi. Il avait pris goulûment tout son biberon. Un repas avait été préparé aussi tout spécialement à l’intention de Tyrone IV puisqu’il n’avait pas encore dix-huit mois. Il se tenait très sage car l’orage qui continuait de gronder l’intimider. Les deux plus jeunes enfants avaient fini par s’habituer au bruit que cela faisait de temps à autre. Ce n’était pas leur premier orage, mais le premier coup leur faisait toujours peur avant que cela ne passe. Les quatre adultes parlaient du voyage, Tyrone posant beaucoup de questions sur la nuit qu’ils avaient du passer dans cette petite ville, lorsque l’automobile était tombée en panne. Norbert partit dans des explications très techniques que le garagiste lui avait fournies. L’acteur hochait la tête d’un air entendu, puis passait la main dans les cheveux de Thomas lorsque le petit garçon parla des bonbons, du café que l’on avait servi au petit déjeuner à sa maman ce qui les avait conduits à dans un autre endroit. L’on riait, Tyrone ne pensait plus à Rita, Helen au manoir. L’acteur avait enfin quitté l’habit du fantôme pour un costume de ville à fines rayures.
- L’orage, après la pluie qu’on a déjà eu hier ! C’est incroyable ! Il n’y a plus de saison ! dit-il nonchalamment.
Helen se tourna vivement comme il prononçait ces mots : elle avait cru ressentir sur l’instant comme un souffle glacé sur sa nuque. Elle poussa un léger cri en voyant derrière sa chaise un employé de l’hôtel. Tyrone, pourtant assis en face de la jeune fille, ne l’avait pas vu arriver non plus. Sans doute parce qu’il parlait en contemplant son épouse ?
- Thunder Mesa est la ville du tonnerre, dit l’homme avec lenteur.
Les Powers étaient jusque là seuls dans la salle de restaurant. Tout le monde était parti au saloon. Cet homme n’était pas celui qui leur avait apporté les plats. L’acteur vit qu’il portait son prénom accroché à son gilet.

« Bill Leota »…
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Cow-boy
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Lun 17 Juil - 0:59

Toujours aussi palpitant à chaque ligne.

Vivement la suite !!!

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Lun 17 Juil - 14:08

j'adore de plus en plus .
vite la suite Very Happy cheers
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 18 Juil - 1:09

Merci encore !! cheers


Chapitre X


Sans y avoir été invité, l’homme s’empara de l’une des chaises de la table voisine de celle occupée par les Powers et vint s’asseoir entre Tyrone et Helen. « Il vient sûrement de dehors », se dit cette dernière, « son souffle est glacé… Mais il devait être bien abrité car il n’est pas mouillé… » Le souffle froide, en effet, fut la première chose que l’on remarquait. C’était de cette manière, quelques secondes avant qu’il ne commence à parler, que la jeune fille avait senti sa présence. Rosetta ne disait rien, mais elle semblait méfiante, cela se voyait à la petite moue qu’elle faisait tout en regardant l’homme du coin de l’œil. Les enfants le regardaient aussi, mais trop intimidés par cette « apparition » soudaine pour demander « Qui, M’man ? » Quant à Tyrone, ce fut le nom qui lui causa une drôle d’impression : « Bill Leota… Bill ! Un rapport avec cet homme qui est venu me chercher hier et que le barman prétend ne pas connaître ? C’est étrange, je ne me souviens pas de son visage. Je l’ai surtout vu de dos, je l’ai entendu. Je ne me rappelle plus de sa voix… » Afin d’en être certain, l’acteur lui posa la question.
- Je vois que vous vous appelez Bill Leota. Alors, vous êtes un employé de l’hôtel ?
L’homme sourit d’abord de toutes ses dents, puis donna une réponse évasive.
- On peut dire ça…
Il occulta d’avance la prochaine question de Tyrone, qui aurait voulu en savoir plus, en prenant la parole d’un ton monocorde.
- J’ai dit que Thunder Mesa est la ville du tonnerre. Vous savez pourquoi ? Je vais vous raconter quelque chose d’intéressant !

A ces mots, tandis que Dallas s’endormait, les deux aînés prirent leur visage en coupe avec leurs mains, coudes posés sur la table, pour écouter l’histoire. Fascinés avant même de savoir de quoi allait-il être question. Helen et Rosetta s’en aperçurent mais, sans pour autant faire de même, elles de cherchèrent pas, cette fois, à les leur faire ôter. Elles auraient presque pu s’en amuser, tant il était adorable de voir le petit Tyrone IV, un an et demi, se tenir comme son grand frère.
- La ville du tonnerre, la mine du tonnerre de la montagne du tonnerre ! répéta soudain Bill.
Dehors, l’orage grondait toujours. Si l’établissement n’était pas pourvu d’électricité comme il l’était depuis bien longtemps, on eut dit un lieu hanté. S’il n’avait pas été si beau, si feutré et élégant, on eut dit une réunion autour d’un feu de camp pour y conter des histoires de fantômes. Mais ce n’était pas de cela qu’il s’agissait…
- C’est une légende indienne, reprit Bill. Au siècle dernier, lorsque les pionniers ont fondé la ville, ils ont donné le nom de « tonnerre » à tout. Il y avait encore des tribus indiennes par ici – oh, pas pour longtemps, le Général Custer est venu dans la région, lui aussi – les pionniers connaissaient la légende. Mais tout ce qu’ils en ont retenu, semble-t-il, est ce nom qu’ils ont trouvé bien pour leur nouvelle ville. Pourtant, on disait que si les entrailles de la montagne, la mine d’or, étaient exploitées, une créature - que l’on qualifie de fantastique lorsque l’on refuse d’y croire - l’Oiseau Tonnerre, se réveillerait et ferait tomber la foudre sur ces insensés. Et quelque chose est arrivée ! Un éboulement, un tremblement de terre ! La mine s’est effondrée ! Mais elle n’a enseveli que deux personnes : Henry et Martha Ravenswood, qui étaient alors les propriétaires du manoir. On prétend ignorer ce qu’ils faisaient tous deux dans la mine. Elle était exploitée depuis longtemps, déjà… Mais en vérité… Ils y ont été attirés par un être venu de l’Au-Delà pour les punir. Leur manoir… Ravenswood l’a fait bâtir sur un cimetière indien !!!!!!

Le visage de Bill Leota était demeuré livide de tout son récit et ne s’anima pas de la moindre couleur bien qu’il eut conclu presque en criant. Rosetta avait d’ailleurs sursauté. Elle craignait que cet « hurluberlu » effraye les enfants. Mais il n’avait pas fini…
- N’entrez jamais dans le manoir… Des fantômes l’habitent… Ils pourraient effrayer les plus jeunes !
Sur ces mots, Bill se leva et quitta rapidement la salle de restaurant par l’arrière avant même qu’on puisse le rattraper. Norbert avait fait un geste dans cette intention, voulant en savoir plus. Le patron était fasciné lui aussi.
- Un être venu de l’Au-Delà… des fantômes… peste ! En voilà un qui se sera procuré un exemplaire du script de « Bloody Rose » !
Il parut presque tiré d’un état hypnotique lorsque la voix de Rosetta parvint enfin jusqu’à lui.
- Ty… Cet homme a fait peur aux petits !
- Mmm ?
Mais Dallas dormait toujours, nullement importuné par le cri que Bill avait poussé en évoquant le cimetière indien foulé par les fondations du manoir. Tyrone IV et Thomas finissaient leur dessert.
- Les enfants aiment les histoires de fantômes. Mais les petites filles en ont peur lorsqu’elles deviennent grandes, ajouta l’acteur avec une pointe de malice.
Rosetta rougit à cette remarque. Le souper s’acheva paisiblement, jusqu’à l’instant où Tyrone décréta « Allons nous coucher. »

Après avoir embrassé les aînés pour la énième fois, Rosetta sortit de la chambre qu’ils partageaient avec Helen, non sans leur envoyer un dernier baiser de la main. Tyrone l’attendait en lisant un journal vieux de deux jours. Il faisait froid et, bien qu’il fût déjà confortablement installé sous les couvertures, l’acteur portait une robe de chambre sur son pyjama rayé. « Ça ne s’arrange pas en Corée sur le 38ème parallèle ! Ça sent la guerre ! » commentait-il comme elle entrait. Pendant qu’il poursuivait sa lecture, la jeune femme alla se pencher sur le petit lit de son bébé, qu’elle tenait à avoir avec eux pour être là immédiatement lorsqu’il pleurait la nuit. Elle se mit ensuite en chemise de nuit et prit place devant la coiffeuse. Tandis que son mari continuait de commenter quelques événements marquants, elle brossait sa chevelure brune, mettait ses papillotes et un filet par-dessus le tout. Enfin, elle se glissa dans le lit. Tyrone fit mine de ne pas s’en apercevoir, poursuivant sa lecture quelques minutes encore dans un bruissement de feuilles à chaque fois qu’il tournait
une page, dans une odeur d’encre d’imprimerie qui incommodait un peu sa femme mais qui n’osait pas le lui dire – après tout, c’était même moins gênant que le tabac - avant de plier son journal et de le laisser tomber au sol. Il la contempla d’abord en silence, se bornant à sourire, puis fit un geste pour l’inviter à se blottir dans ses bras.
- Viens là…

Quelques minutes s’écoulèrent ainsi. Rosetta, nichée contre son mari, écoutait le tonnerre gronder. Lui-même ne bougeait pas, leur cœur à l’unisson.
- J’aimerais que tu me raconte l’histoire de « Bloody Rose », s’il te plait… demanda soudain la jeune femme d’un air absent mais néanmoins, au fond, attentif à tout ce que son mari dirait.
- Eh bien… Je vais alors te raconter l’histoire d’une jeune fille du nom de Mélanie Ravenswood…
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Cow-boy
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 18 Juil - 3:03

Je n'ai qu'une chose à dire :


BRAVO !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! A quand la suite ????????????????

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 18 Juil - 15:31

c'est super cheers Very Happy Bravo mille fois cheers Very Happy flower
Vivement la suite Exclamation Exclamation Exclamation Exclamation flower Razz Very Happy cheers
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 18 Juil - 20:18

Par contre la suite sera postée à son retour d'Angleterre.

Il faudra de la patience !

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Sam 29 Juil - 0:56

The return ! Wink



Chapitre XI


Tyrone ferma les yeux quelques secondes, cherchant la manière de commencer son récit. Il en vint à la conclusion que le « montrer » ne serait pas plus mal. Il avait pourtant d’indéniables talents de conteur. Tous ceux qui le connaissaient s’accordaient pour dire qu’il avait le sens des mots, le don de la parole. Lorsqu’il se mettait à évoquer des lieux où il était allé, il entraînait chacun avec lui en voyage et l’on voyait en images ce qu’il décrivait. Mais, pour « Bloody Rose », il désirait tourner des pages de papier sous les yeux de Rosetta, raconter comme s’il s’agissait d’une histoire avant de s’endormir. Une romance d’abord, un crime ensuite… Un conte horrifique en définitive.
- Apporte-moi le script, Rosie Chérie, il est sur la table, demanda-t-il.
La jeune femme ne se fit pas prier. Elle se leva immédiatement et alla le lui chercher. Elle reprit ensuite sa place. Le script posé sur ses jambes, Tyrone murmurant à son oreille, un bras passé autour de ses épaules et l’autre tournant les pages, l’histoire pouvait commencer.

Le script en lui-même, dans sa forme, ne présentait aucune originalité. Il ne s’agissait pas, bien évidemment, de l’original, cet étonnant manuscrit véritablement tombé entre les mains de Henry King, qui le conservait dans un lieu connu de lui seul. Le cinéaste s’était d’ailleurs bien gardé d’évoquer ce mystère, prétendant à un scénariste amateur de sa famille, un cousin lointain bien trop timide pour se montrer, tout cela afin de ménager ce que l’on comptait de superstitieux parmi les gens des arts. Dans la profession, cependant, on disant tout bas que le véritable auteur n’était autre que Henry King lui-même et qu’il ne voulait pas que cela se sache. Le script que Rosetta avait sous les yeux était tapé à la machine. C’était un exemplaire parmi d’autres et l’un de ceux destinés à l’ensemble de la distribution. Tyrone avait souligné au crayon rouge ce qui concernait son rôle, fait des accolades, des annotations en marge, encadré les didascalies le concernant. Son habitude était d’apprendre son texte le soir en s’arrêtant à 11 pm.
- Tu connais la distribution, le scénario, n’est-ce pas, Rosetta ?
- Oui, d’après ce dont tu m’as parlée avant de quitter Los Angeles. C’est l’histoire d’une mariée qui erre dans son manoir à la recherche de son fiancé, ignorant qu’il vient de mourir assassiné. C’est terrifiant !
- C’est bien cela. Et cette mariée se nomme Mélanie Ravenswood. C’est le rôle de Rita. Nous sommes bien d’accord pour dire que c’est inapproprié, qu’une autre actrice aurait bien mieux convenu au rôle, mais Henry l’a voulu elle. Heureusement, elle est très talentueuse, elle nous fera croire à son personnage, et nous surprendra ! … Enfin, donc, Mélanie Ravenswood…
Tyrone se rendit compte que sa femme n’attendait pas qu’il parle de sa maîtresse, qu’il fasse l’éloge de l’actrice, mais qu’il lui raconte l’histoire de « Bloody Rose ».

Les pages du script défilaient entre ses doigts au fur et à mesure que, mêlées à son pouvoir sur les mots, à sa voix envoûtante, l’acteur faisait découvrir à son épouse la vie et l’errance de la malheureuse mariée.
- Le film va commencer par un plan panoramique sur la ville de Thunder Mesa. Ce sera en technicolor, puis en noir et blanc à l’intérieur du manoir.
- Et les jardins ? questionna Rosetta avec perspicacité.
- Les jardins en technicolor. Ils sont dehors. Bon, je t’accorde qu’ils font partie du manoir, et j’imagine qu’y pénétrer sans y avoir été convié, du temps des Ravenswoods, aurait valu à l’imprudent un coup de fusil ou quelque chose comme ça…
- Comme si quelqu’un entrait dans notre parc, à Saltair, mais tu ne lui tirerais peut-être pas dessus…
Les deux époux se mirent à rire.

L’orage grondait toujours. Reprenant son sérieux, Tyrone poursuivait l’histoire.
- Maintenant, Rosetta, imagine-toi à la fin du siècle dernier. Je sais que tu n’as aucun mal à le faire tant tu aimerais y vivre. Tu es une jeune fille, l’unique héritière du manoir. Les Ravenswoods n’ont pas eu de fils. Ils savent que par son mariage Mélanie prendra le nom de son époux et quittera la demeure. Pour que leur sang se perpétue à travers elle, son père a décidé que le manoir serait sa dot. En se mariant, elle le place dans la famille de son mari, mais le sang des Ravenswood perdurera dans le manoir par les enfants qu’elle aura. Mais… encore faut-il que cette descendance ait pour l’autre moitié un sang digne de leur grandeur ! Ils n’ont aucun doute là-dessus. Le manoir pour dot, le nom des Ravenswood… Les plus beaux partis de l’État vont se présenter ! Mais… Elle s’est éprise de l’un des cow boys du Critter Corral ! Clark, dans le film, un moustachu rude, bourru et sans distinction mais qui fait battre ton cœur ! Pourtant, Henry consent au mariage. Il a consulté sa voyante, une femme étrange qui lui avait indiqué le terrain où faire édifier son manoir. Elle le persuade de laisser faire, que cela ne peut qu’être bon pour l’avenir de la famille. Henry se laisse convaincre, après tout ce cow boy fera peut-être fortune plus tard. Les préparatifs du mariage commencent donc. Mélanie est la plus heureuse au monde ! Mais tout cela va sombrer dans la tragédie ! Henry n’a jamais reconnu la voyante sous son accoutrement comme celle qu’il a repoussé jadis et qui aurait du être la maîtresse de Ravenswood manor. Elle entend bien se venger. Elle utilise pour cela un homme qui lui est dévouée, organiste de talent et embauché pour la noce. La veille du mariage, ils attirent dans la mine Henry et Martha, cette femme qu’elle hait pour avoir pris la place qui aurait du être la sienne, alors qu’un éboulement se prépare. Rien de bien sorciers, de simples bâtons de dynamite disposés au bon endroit, mais que Thunder Mesa prendra pour la vengeance de l’Oiseau Tonnerre. Tu te souviens de l’histoire que cet homme nous a racontée tout à l’heure, pendant le souper ? Eh bien c’est exactement cela ! Le manoir sur le cimetière indien, la malédiction, et cætera ! Mais bien étrange malédiction qui utilise la dynamite ! On s’en est servi. Oui, mais… Il y avait bien une malédiction ! Après l’effondrement de la mine, Henry reparaît changé en fantôme. Là, ça devient mon rôle ! Il y a une scène que nous avons tourné l’autre jour, quand tu es arrivée et que tu m’as vu dans mon beau costume, où je suis les Ravenswoods dans la mine. Eh bien cela symbolise la transformation future de celui qui avait profané un cimetière indien. Le fantôme de Henry, manipulé par la voyante qui possède le don de parler aux revenants, tue le fiancé de sa fille en le pendant dans un salon hexagonal. Voilà pourquoi la voyante s’était arrangée pour que le mariage soit organisé ! Pour se venger de tous les Ravenswoods ! Sans exception, qu’importe que Mélanie soit une innocente jeune fille qui n’a d’autre tort que d’être la fille de Henry et de Martha. La mariée que la voyante aurait pu être. Le matin du mariage, Mélanie commence à chercher son fiancé, et elle l’attendra toute sa vie, tourmentée par le fantôme de son père mais aussi ceux des invités du mariage, condamnés à ne jamais quitter le manoir. Le film s’achève avec sa mort, et l’on ne retrouve d’elle qu’une poupée vêtue d’une robe de mariée, à l’effigie de la voyante, qui appelle toute personne de passage à entrer et demeurer dans le manoir pour tenir compagnie à ses fantômes.

Rosetta essuya une larme qui perlait au coin de son œil.
- C’est si triste… Si…
- C’est un film, la rassura Tyrone en déposa un baiser sur ses cheveux.
- Oui, mais… Je ne peux m’empêcher de songer à cette pauvre mariée ! Quel scénario !
Un fracas assourdissant se fit alors entendre, arrachant à Rosetta un cri de frayeur.
- C’est une explosion ! s’écria Tyrone.
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Sam 29 Juil - 1:04

Oh j'en frissonne déjà, lol.

Cela va continuer de me plaire, encore et encore ; même dans la mort.^^


Vivement la suite, très chère Miss Rosetta.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Sam 29 Juil - 15:26

C'est vraiment génial!!! Very Happy Very Happy Merci d'écrire si bien les histoires
bravo bravo cheers cheers Very Happy
Vite la suite
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Sam 29 Juil - 19:50

Merci ! cheers



Chapitre XII


Le premier réflexe de Rosetta fut pour Dallas qui hurlait dans son berceau. Elle le prit dans ses bras, tentant de contrôler les tremblements de ses bras, de se calmer elle-même pour le rassurer, le bercer. Le bruit de l’explosion l’avait arrachée à ses pensées, alors qu’elle tentait de reconstituer l’histoire de Mélanie Ravenswood dans sa tête quelque peu embrouillée par le flot d’informations que son mari lui avait donnée en quelques temps, et le script comportait suffisamment d’éléments pour que les détails échappent à l’attention. Mais pas la mort de la mariée, qui obsédait Rosetta au moment de l’impact.
- Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ?
Tyrone restait maître de lui-même, bien qu’ayant peur intérieurement, peur qu’il soit arrivé malheur à quiconque se trouvant à Thunder Mesa. Il la serra contre lui pour la réconforter tandis que Dallas criait toujours. Des bruits de pas affolés se firent entendre partout dans l’hôtel, on criait « Au feu ! » sans savoir ce qu’il en était.
- Le feu, Tyrone ! Il faut partir !
- C’est une explosion. Elle était loin, à en juger par ce que nous avons entendu. L’incendie ne peut être ici !
On tambourinait dans la porte de la chambre. A travers les élégantes boiseries, la voix de Helen, paniquée, se faisait à peine entendre au milieu des pleurs des petits. Le Lieutenant Power alla ouvrir. Tous descendirent jusqu’à la réception. Ils étaient seuls avec le personnel, les autres clients étant parti s’amuser au saloon.

Tyrone confia les enfants, que leur mère consolait, Rosetta et Helen à Norbert dont le sommeil lourd l’avait empêché d’entendre si bien qu’ils avaient du aller le chercher.
- Je vais voir ce qu’il en est !
Sur ces mots, l’acteur se précipita au dehors, en trench coat sur sa robe de chambre, imité par le personnel de l’hôtel. Le temps parut bien long en son absence, ne sachant ce qui se passait. L’orage avait cessé et des pluies diluviennes s’abattaient maintenant sur Thunder Mesa. Enfin, au bout d’un moment qui parut une éternité, Tyrone revint en compagnie d’une foule de personnes trempées. L’équipe de tournage au grand complet. Il fallut vite leur donner des couvertures, aussi réquisitionna-t-on celles que l’on avait à la lingerie. Les cheminées de la salle de restaurant du Silverspur Steakhouse furent bienvenues et envahies. Ce lieu feutré où les Powers avaient soupé quelques heures plus tôt prenait maintenant des allures de quartier général en état de guerre.

La foudre était tombée sur le Cowboy Cookout Barbecue. Par bonheur, personne ne s’y trouvait. Tous étaient au saloon, y compris le personnel. Lorsque les vedettes, le réalisateur et tout ce que l’on comptait d’équipes techniques en étaient sortis, chacun s’était dirigé vers son hôtel et ce fut à ce moment-là que la foudre tomba, provoquant un gigantesque incendie. Immédiatement, on s’était précipité sur les lieux. Que faire sinon constater les dégâts ? Par chance, l’incendie fut maîtrisé par la nature même qui l’avait créée. Les pluies diluviennes finirent par avoir raison de lui au moment où la poignée de pompiers de Thunder Mesa arrivait sur les lieux. La façade du Cowboy Cookout Barbecue n’en était pas moins calcinée. Le toit détruit. On ne savait pas encore où loger tout ces gens, aussi pour le moment attendait-on que les pluies se calment pour aviser. Tyrone proposa que, une fois les chambres libres du Silverspur occupées, chacun prenne une personne du Cowboy dans la sienne. Cette idée ne fut pas du goût de Rita.
- Je ne veux pas qu’on prenne ma chambre et je ne veux pas héberger quelqu’un ! trépigna-t-elle.
Sa coiffure était défaite et pendait lamentablement, sa robe fushia trempée, perdue. Elle n’avait plus l’air triomphant de son départ.
- Il faut bien qu’ils puissent dormir !
- Mais pas dans ma chambre ! Arrête de jouer les bons Samaritains, prend-les avec toi si tu veux, mais laisse-moi tranquille !
Tyrone ne se le fit pas dire deux fois à propos de ce dernier souhait de sa maîtresse et, pendant que Rita se moquait des papillotes et du filet de Rosetta, le Lieutenant Power prit la direction des opérations. Les protestations de l’actrice ne firent rien, l’idée fut adoptée. Immédiatement, avec la bonne coopération de chacun qui ne s’appelait pas Hayworth, les chambres furent remplies et celles déjà occupées réparties.

Il y avait encore, quelques instants plus tard, des allers et venues dans les couloirs du premier étage mais ils n’étaient dus qu’à une seule personne : Rita. Furieuse, l’actrice avait du accepter dans sa chambre l’une des maquilleuse du film et cela la contrariait.
- Je ne la veux pas dans mes affaires ! répétait-elle.
Mais Tyrone s’était montré inflexible. Voyant cela, Clark s’approcha de son amie et lui parla d’une idée qu’il avait eu pour qu’elle puisse envoyer la maquilleuse ailleurs : il en avait une lui aussi, pourquoi ne pas les mettre toutes deux dans la même chambre ?
- Ainsi, je pourrai t’accueillir, Rita, ce serait mieux, n’est-ce pas ?
Une gifle sonore fut la réponse de l’actrice. Clark retourna donc se coucher plus malheureux que jamais, guère content de retrouver sa compagne d’une nuit. Tyrone avait pris soin de ne pas faire de chambre mixte mais la jeune femme avait fait un échange pour être avec Clark. L’aubaine était trop tentante. Cependant, si en temps normal, il aurait été enchanté de cela, cette fois cela n’arrangeait pas ses affaires.

Tyrone, lui, n’avait pris personne car il avait déjà Rosetta. La jeune femme dormait paisiblement dans ses bras. Il n’osait faire le moindre mouvement, de peur de la réveiller. Il n’avait pas sommeil. Son regard allait de son épouse à leur bébé, et les minutes s’égrenèrent ainsi. Thomas et Tyrone IV devaient certainement dormir aussi. Tous, sauf lui, peut-être… Il considéra le journal au sol ; il l’avait déjà lu plusieurs fois. Son texte ? Il le connaissait et n’avait guère envie de s’y replonger. Il avait le Reader’s Digest, mais il était dans ses bagages. Non, mieux valait dormir, essayer. Souriant avec tendresse, il se mit à caresser doucement du regard le doux visage de Rosetta. Quelques minutes passèrent encore… Il s’impatientait de ne point trouver le sommeil. Son sang irlandais le rendait peu patient. C’était la raison pour laquelle il ne supportait pas les retards, de quelque nature qu’ils soient. Relâchant son étreinte, se levant avec précaution afin de ne point réveiller sa femme, il quitta la pièce toujours enveloppé dans sa robe de chambre. Fumer le calmerait. Il s’installa dans l’escalier. Tandis qu’il allumait une cigarette, il vit Rita passer en bas et se diriger vers la porte en pestant. Elle portait un trench coat et un chapeau de pluie jaune. Furieuse, elle se plaignait à voix haute de l’indifférence de Tyrone.
- … Et puis d’abord je hais ma chambre ! Il y en aura de plus dignes de moi à côté ! Après tout, je suis encore une Princesse ! ajouta celle qui avait été plusieurs années l’épouse de l’Aga Khan et dont le divorce n’était pas encore clos.

Tyrone venait de comprendre… Rita avait l’intention de dormir dans… Ravenswood Manor !
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Sam 29 Juil - 21:30

Vivement que le tournage commence, je sens que ça va être aventureux et angoissant à la fois.^^

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dada
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Dim 30 Juil - 17:10

idem que toi cow-boy !!!!!!!

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Dim 30 Juil - 18:55

Merci ! ^^



Chapitre XIII


Il pleuvait toujours mais moins abondamment toutefois. Rita n’hésita pas un seul instant à traverser ce rideau de pluie pour rejoindre Ravenswood Manor. Bien que superstitieuse, ou du moins le prétendait-elle, la légende ne la retenait pas. Ni de savoir le manoir vétuste. Tyrone, lui, y songeait.

« Ce ne sont pas des fantômes qu’elle va voir, mais des plafonds et des planchers vermoulus et pourris ! Pourquoi diable nous en interdirait-on l’accès pour le tournage s’il n’y avait pas un réel danger ? Pour ceux qui croient aux fantômes, on sait qu’ils sont supposés sortir la nuit et nous tournons le jour ! C’est bien qu’il y a des termites géants qui rongent les murs, les portes et si tout doit s’écrouler sous ses pieds ça va coûter cher à la Fox ! Non mais, vous rendez-vous compte ? Il faudra dédommager la Columbia ! C’est bien le drame quand on loue des acteurs aux autres Studios ! Qui plus est… »

Sous le porche du Silverspur Steakhouse, regardant Rita pousser sans aucune difficulté les grilles qui marquaient l’entrée des jardins du manoir – preuve qu’elles étaient plus qu’usées ! – Tyrone se tut en instant avant de reprendre son monologue. Le ton variait d’une seconde à l’autre.

« … Qui plus est… Rita est mon amie, surtout mon amie… Je ne supporterais pas qu’à cause de sa bêtise, de sa jalousie à l’égard de Rosetta il lui arrive quelque chose. Idiote, croit-elle que je peux m’afficher avec elle quand Rosetta et les enfants sont là ? Ah non, alors, je te jure ! »

Entre inquiétude et exaspération, Tyrone écrasa la cigarette qu’il venait d’allumer et se dirigea à grand pas vers le manoir.

L’actrice était à présent hors de portée de sa vue. Elle avait pénétré dans les jardins endormis. Nul ne pouvait désormais la voir, pas même Helen, songeuse sur le balcon de bois circulaire de l’hôtel. La jeune fille avait remarqué, en tirant les rideaux et fermant les volets, que l’on voyait fort bien le manoir de la fenêtre de sa chambre. Elle avait passé sa tête sous l’encadrure à guillotine et L’avait vu. Lui. Ravenswood Manor. Il exerçait une sorte de fascination sur elle depuis la promenade avec Monsieur et Madame Power. Passant une robe de chambre sur sa chemise de nuit, alors que les enfants étaient profondément endormis, elle s’était alors rendue sur ce balcon. Accoudée à la balustrade, protégée de la pluie désormais fine par le léger rebord du toit, elle contemplait le manoir maudit. Elle avait vu une ombre aller jusqu’à lui avec l’indifférence de celle qui ne croyait pas aux fantômes tout en ressentait une très forte attraction pour un lieu qui semblait en contenir, bien qu’il soit seulement en ruine, disait-on.

En revanche, Tyrone attira son attention lorsqu’il passa. Encore une fois, la lune révélait à chacun ce qu’il désirait voir, et Monsieur Power était de ceux-là. Helen l’aimait en secret depuis ce jour où elle était arrivée chez lui pour cette place de nounou, en réalité une place d’amie pour Rosetta. Éprise de lui en secret, la jeune fille était souvent tourmenté et obnubilé par lui. Cela arrivait la nuit, non quand elle le voyait car dans ces moments-là elle voyait le patron, l’ami aussi. Mais la nuit… Cela durait depuis bientôt trois ans. Elle espérait un jour qu’il la remarque enfin comme elle le désirait, comme il remarquait d’ordinaire les autres femmes, celles qui lui plaisaient. Cela lui donnait parfois de terribles doutes, peut-être ne lui plaisait-elle pas du tout ? Tyrone avait Rosetta, l’ancienne petite marchande de fleurs, mais au contraire de Glenn Ford il aimait passionnément les actrices. Helen se définissait comme « une Rosetta avant Lui », mais la place de « Rosetta avant Lui » était prise et cela la mettait au désespoir. Elle se disait qu’il fallait peut-être forcer le destin pour qu’il la remarque d’une manière autre, mais depuis trois ans elle n’avait jamais rien tenté. Elle n’osait pas pour de multiples raisons. Ce n’était point sa nature, elle était timide, réservée et elle-même s’emportait lorsqu’elle voyait la manière dont se comportaient les amies de Tyrone. Elle craignait également de perdre son emploi qu’elle désirait conserver plus que tout même s’il arrivait que côtoyer l’acteur pût être comme mourir chaque jour. Elle affectionnait très sincèrement Rosetta qu’elle ne voudrait faire souffrir pour rien au monde. Il y avait déjà assez de Rita et d’autres femmes pour la rendre malheureuse. De la part de Helen, ce serait comme une trahison. Elles étaient amies, logeaient sous le même toit. Mrs Power avait confiance en elle, elle lui confiait ses enfants lorsque sa présence était requise auprès de son mari lors de ces interminables galas. Alors Helen se résignait… Elle se résignait depuis trois ans…

Avant même de parvenir aux grilles du manoir, Tyrone s’arrêta dans sa course. Il avait hâté le pas, voyant qu’il perdait de vue Rita. Il était maintenant immobile, face à ce lieu étrange. Une plaque de cuivre était apposée là. Elle avait la forme d’un démon et portait l’inscrïption latine « Non omnis moriar ». Cela eut arrêté n’importe qui, par curiosité, désapprobation devant quelque chose d’aussi mauvais goût pour marquer l’entrée d’une habitation, ou bien par peur, paralysie peut-être, mais ce n’était pas le cas de Tyrone. Dans la nuit, il avait seulement distingué une plaque de forme ovale sans en voir les cornes, le sourire grimaçant. Sans pouvoir deviner ou lire la devise. Il ne pleuvait plus. Cela avait été si violent, avant de s’arrêter brusquement comme pour permettre à quelque mortel imprudent de s’enfoncer dans la nuit noire et aller jusqu’au manoir, qu’on eut dit qu’une main invisible, un deus ex machina, venait de refermer le robinet du ciel. Face au manoir, il était difficile d’en attribuer le mérite à Dieu. Cela semblait le territoire du diable. Pourtant, Tyrone ne ressentait pas tout cela ; il était encore convaincu que le manoir était seulement pourri par des décennies d’abandon. Il eut fallu, ainsi que cela devait être dans le film qu’il tournait, en cet instant un coup de tonnerre pour révéler à ses yeux la plaque, l’inscrïption. Il n’aurait alors plus manqué qu’une intervention orchestrale en son western electric. Pourtant, nulle besoin d’effets spéciaux, l’atmosphère était étrange en elle-même. La nuit était noire à l’entrée du manoir, elle était baignée par la lune rousse devant le Silverspur Steakhouse. Helen distinguait Tyrone en contrebas. Le balcon circulaire faisait le tour de tout le premier étage et dans son extrémité se rapprochait de beaucoup du manoir. Pourtant, la lune se cachait de l’acteur. Un nuage, sans doute. Il ne pouvait voir que les grilles, la forme de la plaque, le début des jardins. Mais, en se retournant, il vit Helen sur son balcon, Helen qui l’observait.

L’acteur fit un signe de la main, s’avança jusqu’au balcon. Portant un doigt à sa bouche, pour lui ordonner le silence, il dit à la jeune fille : « Je vais chercher Rita ; le manoir est dangereux mais cette idiote y est partie. Ne réveillez pas Rosetta ! » Le son ayant la faculté de monter, la nuit étant silencieuce, Helen entendit. Les paroles de Tyrone la mirent en colère au point de vouloir se quereller avec lui mais il avait déjà disparu. Il s’enfonçait à nouveau dans les ténèbres. Main posée sur la grille encore entrouverte après le passage de Rita, Tyrone la poussa sans hésitation et entra dans les jardins de Ravenswood Manor…

Du haut de son balcon, Helen, les larmes aux yeux, murmura : « Rita, idiote, oui. Mais vous… Oh, quel imbécile… »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Dim 30 Juil - 20:44

"Allez, entrez ! J'ai tellement de choses à vous faire découvrir..."

Ca se rapproche, on y est presque !^^

La suite ! La suite La suite !^^

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Lun 31 Juil - 21:09

Chapitre XIV


Un silence paisible environnait à présent l’hôtel, à peine perturbait quelques instants auparavant encore par le ruissellement de la pluie. Une telle tranquillité était plus que jamais la bienvenue après le terrible orage, la foudre et l’incendie qui avaient détruit une partie du Cowboy Cookout Barbecue. A présent chacun, dormait en attendant le jour. Henry King avait prévu de tourner encore quelques scènes extérieures dans les décors naturels de la mine, avant de franchir les grilles du sanctuaire de Thunder Mesa, Ravenswood Manor. Non pour y tourner des scènes d’intérieur, puisque cela lui était interdit, mais pour les jardins. Les fabuleux jardins que le script décrivait comme enchanteurs du temps de la splendeur des Ravenswood et qui n’étaient plus qu’abandon portant, selon la légende « le parfum des roses mortes ». Ils seraient parfaits pour de longs travellings en steadycam, plans aériens et contre-plongée à la Welles. Montrer les jardins après la déchéance, s’en servir pour montrer les effets du temps qui passent.

Le cinéaste comptait filmer une statue qui se couvrirait lentement de neige, laquelle fondrait ensuite et finirait par découvrir la pierre nue couverte de mousse et de lichen, creusée par endroits de fines rainures causées par le passage du temps, brisée peut-être par endroit, polie et usée. Cette idée lui plaisait et il avait hâte de faire les prises de vue nécessaires. Son autre projet concernant les jardins avait pour nom « opération Gazebo » et pour objet une charmante gloriette. Certainement en ruine elle aussi, il comptait la faire photographier sous tous les angles afin d’en obtenir une copie en studio servant aux scènes fastes de la destinée du manoir. « La splendeur des Ravenswood », expression qu’il s’était plu à évoquer plusieurs fois, pestant de ne pouvoir l’utiliser en sous-titre de « Bloody Rose » pour la première partie du long métrage, répétant « mais pourquoi cet imbécile d’Orson Welles a-t-il appelé l’un de ses films « La Splendeur des Amberson » ? Il ne faisait cependant pas cette remarque devant Rita puisque Orson était son ex mari, avant le Prince. Mais l’appréhension des jardins du manoir n’était pas encore pour demain. Il y avait déjà bien des choses à faire avant de boucler les scènes de la mine. Il fallait déblayer le Cowboy Cookout, récupérer les chambres qui pouvaient être habitables pour désengorger le Silverspur où bien trop de monde était entassé.

Enroulée dans les couvertures, Rosetta dormait paisiblement sans se douter que Tyrone était parti depuis maintenant deux heures. Il savait quitter le lit avec précaution et ne pas la réveiller à moins de le vouloir. Ce furent les pleurs de Dallas qui la firent revenir du pays des songes dans un gémissement étouffé. Elle ouvrit des paupières encore lourdes de sommeil et laissa aller instinctivement sa main sur le matelas, à la place occupée par Tyrone, pour voir s’il dormait ou bien si les pleurs l’avaient réveillé aussi. Elle constata alors qu’il était parti. Rosetta ne s’occupa alors que de son bébé qui pleurait toujours et de plus en plus fort. Il n’y avait pas à chercher Tyrone, il reviendrait. Il n’avait pas disparu et il pouvait même y avoir plusieurs raisons à son absence. Il pouvait s’être rendu aux toilettes à l’autre bout du couloir, il pouvait être allé fumer en bas si par hasard le sommeil ne venait pas… et il pouvait être avec Rita. Non, pas cette fois, corrigea mentalement la jeune femme. « Rita a du partager sa chambre avec une maquilleuse ou je ne sais plus qui. Il n’irait pas alors qu’elle n’est pas seule. » Elle changea les couches de Dallas et se remit au lit ; mais ne s’endormit pas. Elle attendait qu’il revienne. Elle s’étonna lorsqu’elle entendit frapper à la porte. Il n’aurait jamais fait cela. Emmitouflée dans un châle, elle se leva, pencha l’oreille contre le panneau de bois et demanda ce que l’on voulait. C’était Helen.

La promenade sur le balcon circulaire était finie depuis longtemps pour la jeune fille. Elle était rentrée une fois que son patron eut disparu de son regard dans les jardins de Ravenswood Manor. Elle était alors rentrée se coucher en pestant contre lui et surtout contre Rita, et n’avait pas s’endormir. Elle songeait à Mrs Power qui connaissait leur liaison et ne disait rien. Elle aurait voulu aller à l’encontre des ordres du patron, aller dire à sa femme qu’il était parti dans cet horrible manoir, mais elle ne voulait pas non plus la réveiller. Peut-être serait-il de retour assez tôt pour qu’elle ne se rende compte de rien ? Les pleurs de Dallas lui firent comprendre que Rosetta était réveillée. Elle savait donc que son mari était parti. Elle venait donc la voir, tenant une lampe torche afin d’épargner à Dallas le désagrément de devoir allumer la lumière.
- Helen ? Entrez, asseyez-vous !
- Merci, Madame. Je…
Rosetta remarqua la nervosité de la jeune fille.
- Mais que se passe-t-il ? Thomas et Ty IV dorment-ils ?
- Oh oui, ne vous inquiétez pas ! Je… Je voulais seulement… On dit que cette chambre a une belle vue sur le manoir ! Puis-je regarder ?
- Euh, oui…
Rosetta était surprise, le comportement de Helen était des plus étranges. Elle commençait à s’affoler.
- Vous savez que Tyrone est parti, n’est-ce pas ?
Helen dut l’admettre.
- Où est-il ? Vous le savez ? Vous êtes bien venue ici pour me le dire, n’est-ce pas ?
- Il… C’est… En vérité, j’ai seulement entendu Rita dire qu’elle voulait voir le manoir de près et je l’ai vu se diriger vers les grilles, les ouvrir et pénétrer dans les jardins…
Rosetta comprit alors. Helen, quant à elle, avait su lui faire comprendre sans lui dire, elle n’avait donc pas contrevenu à la volonté de son patron.

Une fois Dallas confié à Helen, Rosetta s’habilla à la hâte.
- Je dois aller le chercher ! Cette demeure n’est pas sûre, un plancher, un plafond pourraient s’écrouler, que sais-je encore ?
Réprimant ses larmes, elle ferma la porte à double tour derrière elle et tendit la clé à la nounou. Cette dernière avait voulu qu’elle sache, mais maintenant elle doutait d’avoir eu là une bonne idée. Et si Mrs Power avait un accident ?
- Vous ne pouvez y aller seule ! Cette demeure est dangereuse pour vous aussi ! Faites-vous au moins accompagner !
Avisant un peu plus loin la porte de la chambre de Clark, Rosetta opina. La peur que Tyrone ne tombe dans un trou dans cette maison rongée par les décennies avait été plus forte que la raison. Elle était consciente de se retrouver tremblante de peur, toute seule dans la nuit, par le simple fait d’ouvrir la porte de l’hôtel et de passer la tête hors du battant, vers l’inconnu et l’obscurité. Rosetta avait peur du noir, peur de la nuit et elle ne sortait jamais seule. Elle serait un bien piteux secours si elle ne parvenait même pas à quitter l’hôtel !

Frappant quelques coups légers, Rosetta espérait que Clark ne dormait pas trop lourdement et l’entendrait. Elle attendit un bref instant, nerveuse, tordant ses mains, jusqu’à ce qu’enfin la porte de la chambre s’ouvre.
- Clark, dit-elle alors, j’ai besoin de votre aide…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Lun 31 Juil - 23:29

Ce chapitre reflète bien l'aspect actuel du cimetierre et du jardin dont j'ai arpenté cet après-midi par un soleil radieux. ^^


Que se passe-t-il ensuite ? Très chère Rosetta.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 1 Aoû - 13:36

Bravo bravo!!!C'est une histoire pasionnante!!! Very Happy Very Happy cheers cheers flower
A quand la suite?????? sunny
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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 1 Aoû - 16:04

Merci, et voilà la suite ! cheers



Chapitre XV


Le premier mouvement de surprise provoqua un léger décalage entre les deux bouts de la moustache de Clark. Le second la remit à sa place.
- Rosetta ? C’est vous, c’est bien vous ?
Que lui arrivait-il donc pour qu’elle vienne ainsi frapper à sa porte, en pleine nuit ?
- Puis-je entrer, s’il vous plait ?
- Ooh, euh, oui, bien sûr !
Se ressaisissant, il s’écarta de la porte pour la laisser passer. Il lui indiqua un fauteuil tandis qu’il tirait le verrou derrière lui.
- Vous avez vu ? Elle dort, elle dort bien, même ! La lumière est allumée – je ne trouve pas le sommeil par terre sur ce fichu matelas – vous frappez à la porte, je parle, aucune réaction !
L’acteur désignait en riant la maquilleuse qu’on lui avait donné à héberger. Rosetta regardait, en effet, cette jeune femme endormie en boule alors que Clark se promenait dans la pièce, trouvant sans doute peu agréable le matelas que l’on avait apporté pour elle en renfort ; par galanterie, il lui avait laissé le lit et le regrettait peut-être un peu, en particulier son dos.

Un second fauteuil fut approché près de celui de Rosetta et l’acteur s’y assit, jambes croisées, offrant le spectacle d’un Clark Gable en pantoufles. La jeune femme s’attarda sans le vouloir sur un détail, l’initiale brodée sur la robe de chambre, identique à ce qu’elle voyait du pyjama : un C comme Clark qui ressemblait aussi à un G comme Gable. Elle n’arrivait pas à déterminer de laquelle des deux lettres il s’agissait, comme si cela avait quelque importance capitale. Elle se souvint qu’elle n’était pas venue pour cela lorsqu’il demanda :
- Que puis-je pour vous, Rosetta ? Vous avez l’air bouleversée…
Levant les yeux vers lui, elle constata que Clark avait l’air sincèrement inquiet.
- Tyrone est parti, il est allé dans le manoir !
- Quoi ? Allons, Rosetta, vous avez rêvé, sans doute ! Pourquoi Ty irait-il dans le manoir et en pleine nuit, en plus ? Vous êtes sûre qu’il n’est pas dans l’un des salons du bas ? Au bar, peut-être ?
Il n’osa pas suggérer qu’il puisse être dans une chambre quelconque avec une autre femme, mais il y pensait et il trouvait que c’était manquer d’élégance alors que Rosetta était dans le même bâtiment.

Pour toute réponse, Rosetta se mit à pleurer.
- Il a suivi Rita dans le manoir. J’ignore la raison, s’ils ont voulu se retrouver là-bas… s’isoler… ou bien s’il l’a suivie, s’il veut la rejoindre ou la ramener… mais… peut importe ce pourquoi… Le manoir est dangereux, Clark, il ne faut pas les laisser là-bas…
Le sourire de Clark mourut sur ses lèvres. C’était donc vrai, Tyrone avait commis cette folie ? Comment osait-il donner tant de chagrin à une femme si gentille ? Et son inconscience n’était pas seulement en cause : il y était… avec Rita ! Les moustaches de Clark se mirent à frémir d’indignation. Sa Rita ! Non contente d’assortir d’une claque son refus de partager la chambre, elle partait vers ce manoir dangereux pour y réaliser on ne sait quelle lubie ? A celle qui hantait ses nuits, il n’adressait plus seulement que de douces pensées, il avait envie de la gifler et il enviait Glenn Ford qui pouvait le faire si souvent dans les films dont ils partageaient la vedette : il ne faisait jamais semblant et frappait de bon cœur par souci tout professionnel de réalisme. Rita, du reste, en faisait autant, ne lui avait-elle pas cassé deux dents sur le tournage de « Gilda » ? «Mon pauvre Glenn, tu n’as pas la mâchoire solide ! Je sais bien que Rita peut être brute, mais de là à t’endommager ! » Mais ce n’était pas cela qui importait à Clark !

Clark était doublement peiné, pour Rosetta et pour lui ; doublement fâché. Il en voulait à Rita pour la manière désinvolte et moqueuse dont elle le traitait, lui qui avait pour elle des sentiments si forts et qu’il n’éprouvait pour aucune autre femme, ne voulant donner son cœur à aucune autre depuis le décès tragique de son épouse Carole dans un accident d’avion. Il en voulait à Tyrone d’avoir si peu de considération pour Rosetta : était-ce trop lui demander de faire preuve de discrétion dans ses aventures ? Il n’était pas obligé de la tromper impunément presque sous le même toit, ni se rendre dans ce satané manoir alors qu’elle était là ! Clark souriait en regardant la jeune femme, visage enfoui sous ses mains, sanglotant. Elle était l’épouse que tout homme rêvait d’avoir pour qui recherchait la stabilité d’un foyer. Lui-même se demandait « aurais-je été sensible au dévouement que l’on devine en la voyant si Rita ne tournait pas dans mon cœur comme un vautour sur… », alors qu’elle murmurait dans un souffle :
- La vie de Tyrone ne vaut pas une nuit avec Rita dans un manoir…
Effondrée, elle se laissa glisser en avant et vint pleurer sur les genoux de Clark.

Quelque peu gêné et embarrassé d’avoir le visage baigné de larmes de Rosetta Power sur ses genoux, Clark se retrouva pendant quelques instants sans savoir que faire. Elle était recroquevillée comme une enfant et avait passé les bras autour de ses mollets pour rester accrochée. Doucement, il décroisa les jambes, ce serait plus confortable pour elle. Elle avait du sans nul doute se cogner le front à la rotule en s’effondrant ainsi ! Souriant de telles considérations pratiques qu’il ne pouvait s’empêcher de faire, Clark passa doucement la main dans les cheveux de la jeune femme, avec beaucoup de tendresse avant de la relever doucement.
- Allons, ne pleurez pas…
Il se mit à fouiller dans ses poches et finit par trouver un mouchoir qu’il lui tendit.
- Tenez. Il est propre…
Cette dernière remarque fit rire Rosetta tandis qu’elle essuyait ses larmes et s’asseyait à nouveau.
- Pardonnez-moi…
- Il n’y a rien à pardonner. Mouchez-vous, soufflez fort et faites-moi un beau sourire !

Ils se mirent à parler un peu. De Tyrone, de Rita. Dans chacun des mots de Rosetta transperçait comme une évidence l’amour empli d’abnégation qu’elle éprouvait pour son mari. Si Clark avait très souvent envie de se moquer d’elle – « le bac à fleurs », disait Rita – il la respectait profondément pour cela. Rosetta était sincère et dévouée. Il ne doutait pas de sa réponse lorsqu’il lui dit qu’il fallait pardonner à Rita la mauvaise influence qu’elle exerçait sur Tyrone. Elle ne lui en voulait pas. Elle savait par ailleurs que la vie avait été loin d’être tendre avec elle et que l’année précédente encore elle ne l’avait guère ménagée. Mais avant même d’apprendre que Rita cachait un cœur blessé, Rosetta lui avait pardonnée. Elle avait immédiatement choisi de se résigner et de faire preuve de patience en supportant les aventures de son mari, gardant pour elle la souffrance qu’elle ressentait lorsque cela devenait voyant. Si elle voulait le faire revenir à l’hôtel, ce soir, c’était en raison de la dangerosité du manoir. Elle voulait lui éviter un accident et par là même en éviter un à Rita.
- Clark, vous voulez bien m’accompagner ? Toute seule, je ne pourrai pas. J’ai peur…
- Oh oui, je viens !
Clark passa un trench coat sur sa robe de chambre. Au moment où il allait passer la porte, il revint en arrière.
- Je ferai bien de mettre des chaussettes, grogna-t-il, sinon je vais avoir froid aux pieds, moi ! Aah, et des chaussures, aussi ! Mes pantoufles seraient fichues !

Quelques instants plus tard, Clark et Rosetta se dirigeaient vers le manoir, éclairant leur pas de la lueur blafarde d’une lampe torche…
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 1 Aoû - 16:46

Bravo Bravo Bravo Very Happy Very Happy cheers sunny sunny sunny sunny flower flower
Tu es la reine queen des histoires flower flower cheers sunny sunny bounce
J'adore I love you
J'attend avec impatience la suite Very Happy Very Happy
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mar 1 Aoû - 19:10

Je confirme les paroles de notre fée nationale. ^^

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Rosetta Norrington
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mer 2 Aoû - 1:36

Merci ! cheers



Chapitre XVI


Le couple insolite et inédit formé par Rosetta et Clark pour venir en aide aux imprudents offrait un contraste saisissant avec l’austérité du manoir. Clark portait à la fois pyjama et robe de chambre avec manteau, chaussette et souliers. Rosetta, quant à elle, était habillée mais son visage angélique devint pâle et inquiet en découvrant, à la lueur de la lampe torche de l’acteur, le démon grimaçant de la plaque de cuivre qui ornait les grilles épaisses. Il défendait la demeure sous la devise « Non omnis moriar », ces mots que Tyrone n’avait pas vus.
- C’est un démon, Clark…
Il ne répondit pas, éloignant aussitôt le faisceau de la lampe.
- Entrons, dit-il simplement.
Et Clark poussa les grilles séparant Thunder Mesa des jardins de Ravenswood Manor, telles le passage entre deux monde : celui des vivants, celui des morts. Le claquement grinçant du portail se refermant derrière eux d’un coup sec fit sursauter Rosetta. Elle se retourna un bref instant sur ces grilles geôlières qui scellaient dès lors sa destinée : continuer, ne pas revenir en arrière. Elle se mit à frissonner.
- J’ai l’impression qu’elles ne s’ouvriront plus…
Clark s’était avancé de quelques pas, levant la lampe de tout côté pour s’orienter, ce qui eut pour effet de plonger la jeune femme dans l’obscurité lorsque la lumière n’était pas dirigée vers elle. Il se borna de hausser les épaules à sa remarque. Ce n’était pas une grille vermoulue avec un démon en cuivre qui empêcherait Clark Gable de quitter les lieux quand il l’aurait décidé. Il revint enfin près d’elle et désigna un escalier de pierre menant à la partie supérieure.

Les jardins avaient été, en effet, dessinés sur deux niveaux, le terrain quelque peu accidenté du promontoire ne pouvant qu’être aménagé en terrasse. La première chose que vit Rosetta fut un lion de pierre, ainsi qu’une sphère taillée sur une petite colonne dont elle ne saurait dire la matière mais qu’elle nommait bronze vraisemblablement par erreur. C’était assez joli. Elle avait déjà vu ce genre de statue dans les jardins de quelques villas, à Hollywood. Peu commun, en revanche, fut le rapace qu’elle découvrit ensuite. Vautour ? Elle ne le savait pas, mais la statue avait un air qui ne lui plaisait pas. Un air… Une statue, un oiseau de pierre, peut-il en avoir ? Elle avait une impression bizarre. Il fallut détourner son regard pour ne plus avoir la sensation déplaisante d’être suivie du regard par ce qui ne vivait pas.
- Voilà quelque chose dont je ne voudrais pas chez moi !
Clark grogna un « Moui » et l’incita à le suivre vers l’escalier majestueux faits de pierres blanches qui menait à la partie supérieure.

A gauche s’élevait sur un petit monticule une charmante gloriette d’un ton foncé et patiné par le temps, surmontée d’une lanterne ; dénuée de porte, ses côtés hexagonaux, entièrement vitrés, s’ouvraient sur le devant pour permettre l’entrée. Rosetta s’arrêta pour la contempler et Clark, voyant qu’elle n’avançait plus, fit de même pour ne pas la laisser dans le noir.
- Que c’est joli !
- C’est ce qu’on appelle un « gazebo », Rosetta ! Savez-vous d’où vient ce mot ?
La jeune femme fit non de la tête.
- D’un cri d’admiration français « Que c’est beau ! », déformé en « kasébo » et enfin « gazebo » !
Si la forme de la moustache de Clark l’avait permis, il l’aurait alors lissée entre ses doigts avec un petit air de fierté pour avoir fourni cette explication, en particulier devant le regard admiratif que lui lança Rosetta.
- Henry veut tourner une scène où Rita prend le thé dans ce gazebo. Il sera meublé d’un fauteuil et d’une petite table où il y aura une théière et quelques babioles. Bien sûr, il sera reconstitué en studio, celui-ci est en bien trop mauvais état.
- Il est pourtant si beau…
- En mauvais état. Il servira pour les scènes du manoir après la déchéance.
Rosetta était fascinée par le gazebo. Si Clark ne l’avait pas appelée pour continuer leur chemin, y serait-elle entrée ? Elle l’ignorait, mais elle en eut la tentation. Elle s’y voyait assise, laissant aux rayons d’un brillant soleil de Juin le soin de filtrer à travers les vitres. Elle voyait le thé fumant, dans sa robe sombre, versé dans les tasses de porcelaine. Elle entendait une mélodie, échappée de l’un des premiers gramophones. Elle…
- Allons, venez. Nous ne pouvons pas nous attarder…
Clark venait de la tirer d’un rêve éveillé, un rêve qui aurait pu être dangereux à en croire le frisson qu’eut la jeune femme en détachant ses regards du gazebo pour le suivre. En silence, elle gravit les marches du bel escalier à ses côtés, se détournant de ces impressions fugaces. Il restait comme une mélodie, autant qu’il pouvait en être… emportée par le vent.

Les deux visiteurs gravissaient mes marches sans peine. Elles étaient larges et parfaitement accessibles. Clark faisait cependant attention à Rosetta, veillant à ce que chacun de ses pas soient éclairés. Si elle était restée en arrière, si elle s’était éloignée, il l’aurait remarqué et n’aurait pas continué en l’ignorant, attendant qu’elle trottine pour le rejoindre dans le noir. Il comprenait qu’elle avait peur de la nuit, très peur, même, et qu’elle faisait l’effort de passer outre pour Tyrone. Il la voyait frissonner, jeter alentours des regards inquiets. Il ne pouvait que lui venir en aide.
- Oh, regardez ! Encore un « G » comme « Gable » ! s’écria-t-il soudain.
Un trait d’humour pour désacraliser l’austère majesté des lieux. Se doutant que Rosetta ne comprenait pas, il donna la solution de l’énigme :
- G comme gate, gardens, gazebo et maintenant garden pavilion !
Un pavillon se dressait devant eux. Non une gloriette comme le gazebo, mais une vaste structure de bois jouxtant la demeure sur la gauche. Une fontaine de pierre semblait exercer un étrange pouvoir sur Rosetta qui s’avança vers elle. Elle était à la fois attirée et repoussée par elle. En son centre, la statue d’un nu féminin se penchait comme pour recueillir une eau, tarie depuis longtemps. Imaginant à nouveau une mélodie ancienne, imaginant des voix susurrant à son oreille, des conversations, une garden party, Rosetta tendit lentement la main pour toucher du bout des doigts le visage de la femme de pierre. Clark la retint en lui prenant le poignet avant même qu’elle l’eut effleuré. Ce qu’elle imaginait disparut comme soufflé au loin, chimériques cendres, par la voix de Clark.
- Ne touchez pas, Rosetta. Qui sait si vous pourrez quitter ces lieux si vous touchez une chose d’ici ?
- Mais…
Les yeux pétillants de Clark lui firent cependant comprendre qu’il plaisantait.
- Mais ce n’est pas la statue du Commandeur, et ce n’est pas le manoir de Don Giovanni, reprit-elle en se ressaisissant.

Laissant derrière eux le pavillon, ils empruntèrent une galerie couverte qui le reliait à l’entrée du manoir, longeant tout un côté de celui-ci. Le plancher craquait sous le poids des ans, des pas des deux visiteurs. La balustrade de bois était belle, les lampes suspendues au-dessus de leur tête se balançaient en grinçant. La porte du manoir était enfin là. Clark la poussa à peine de la main, elle était entr’ouverte. Elle laissait deviner une petite pièce, le foyer : boiseries aux bas des murs, tendue de rose. Alors qu’il s’effaçait pour laisser passer Rosetta, Clark déclama soudain, tel un Orson annonçant une invasion martienne :

« Vous, vous qui avez osé troubler la sérénité de ces lieux... Aurez-vous le courage de franchir la porte de cette maison... ? »
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mer 2 Aoû - 2:22

"Allez, ne vous faîtes pas prier, entrez ! Qu'attendez-vous donc ?..."

On y est presque, plus que la porte d'entrée à franchir et là on pourra avoir les choquottes, lol.

Je suis hyper impatient.

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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mer 2 Aoû - 17:38

Je suis du meme avis que notre cow-boy préféré!!!Plus que la porte
Ont s'y croirait vraiment Exclamation Exclamation Tu raconte tellement bien les histoires!!! I love you Very Happy sunny cheers flower
I love you queen Vive la reine des histoires I love you queen
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MessageSujet: Re: "Bloody Rose" [Main St., F.land, Phantom Manor]   Mer 2 Aoû - 18:06

Merci à vous deux ! Embarassed Embarassed Embarassed Embarassed



Chapitre XVII


Lentement, l’ombre s’allongeait sous la faible lueur d’une lampe torche dans les corridors du Silverspur Steakhouse, se déployait tandis que résonnaient des pas inquiétants, martelant le sol, décidés. Le plancher de bois craquait. L’ombre en même temps dessinait une sombre auréole sur les portes des chambres devant lesquelles passaient les pas. La marche ralentit soudain, la lampe fut dirigée vers l’une des portes pour en éclairer le numéro gravé dans une plaque de forme ovale. Une main apparut alors dans le faisceau lumineux, se posa sur la poignée plutôt que de toquer, hésita et se retira enfin. Ce n’était pas la bonne porte. Les pas poursuivirent leurs pérégrinations dans les sombres corridors de l’hôtel.

A présent, la lampe torche s’élevait haut sur les murs, semblant parfois lécher la tapisserie aux motifs floraux qui les couvraient mais ne passant en réalité jamais aussi près comme s’il se fut agis d’une torche qui eut pu brûler par la morsure de son baiser. La fée électricité pouvait sans risque enlacer la cloison mais elle était, entre les mains de celui qui la tenait, comme un flambeau, tel le flambeau de la Columbia tendu au bout du bras de sa dame. L’ombre ayant en sa main la lumière s’arrêta enfin devant un numéro, le numéro qu’elle cherchait. Une main d’homme parut alors dans son rayon. Trois coups furent frappés.

Derrière la porte, nul ne bougeait. La main toqua encore plusieurs fois. Cela avait été d’abord lento, puis allegro enfin presto. L’homme s’agaçait à présent, estimant que l’occupant de la chambre avait eu le temps de se réveiller. Il se mit à frapper du plat de la main jusqu’à ce que le visage ensommeillé de Henry Fonda lui apparaisse.
- Je cherche Rita, dit simplement l’homme.

Le tapage avait attirée l’occupante de la chambre voisine. Ava, en peignoir jaune, faisait preuve de curiosité. Les autres clients, installés à cet étage, n’avaient pas entendu ou bien faisaient-ils semblant, l’actrice ne le savait pas mais lorsqu’elle vit l’auteur du tapage elle fut contente que seuls Henry et elle soient éveillés.
- Glenn Ford !
Sans attendre la moindre réponse de la part l’intéressé, elle le prit par le bras et le fit entrer dans la chambre de Henry, bousculant au passage ce dernier. Plusieurs fois partenaire de Rita pour la gloire de la Columbia et le bonheur du public, Glenn pouvait se vanter d’être l’un de ses amis les plus dévoués. Comme tant d’autres, il était tombé amoureux d’elle sur le tournage de « Gilda », bien que la connaissant déjà, mais il avait accepté qu’il n’y ait rien entre eux qui s’appelle un amour autrement que fraternel. Le meilleur ami de l’actrice, pourrait-on dire, peut-être son seul ami. Désintéressé, dévoué et fidèle, le premier à s’être manifesté lorsqu’elle revint en Amérique, brisée par son mariage avec le Prince. Il était là pour la soutenir et l’écouter. Il n’avait plus dans l’idée de la séduire. Seulement être son ami. Son ange gardien. Il ne voyait pas d’un bon œil sa liaison avec Tyrone mais celle-ci persistait même après les années aussi ne tentait-il jamais de lui en faire reproche. Il n’avait jamais fait allusion à Rosetta en lui faisant voir qu’elle était certainement malheureuse de ce ménage à trois. Il ne disait rien de cela par honnêteté car lui-même avait voulu séduire Rita en dépit d’Eleanor, son épouse qu’il aimait, et d’un fils qui n’avait pas encore un an au moment du tournage de « Gilda ». Aah, « Gilda » ! Le public avait identifié les deux acteurs à leur personnage respectif. « Les hommes s’endorment avec Gilda et se réveillent avec moi ! » disait Rita. Glenn, lui, ne s’attendait pas à ce que son Johnny Farrel soit l’objet de tant d’amour et de passion de la part des Américaines.

Tandis que Henry frottait ses yeux encore gonflés de sommeil, Ava se tenait juché sur le bras de son fauteuil, une cigarette à la main. Elle regardait Glenn tourner en rond dans la chambre, lui jeter parfois un regard las. Elle-même pensive, toujours dans son peignoir jaune, soufflant des volutes de fumée tout autour d’elle, l’actrice n’avait plus rien dit depuis que la porte de la chambre s’était refermée. Personne n’avait rien dit.
- Je cherche Rita ! répéta Glenn.
Ce fut Henry qui répondit, alors qu’Ava était perdue dans sa contemplation.
- Pourquoi la cherches-tu ? Elle n’a pas dit qu’elle t’avait invité sur le tournage et je ne crois pas que tu sois l’ami d’Orson, il n’a donc pas pu te demander de faire son entremetteur. D’ailleurs il n’a pas d’amis.
- Je la cherche parce qu’avant de venir ici elle allait mal. J’aurais préféré qu’elle tourne aux studios, mais elle a voulu partir pour faire ce film. Je ne suis pas venu la chercher, mais seulement la voir, lui rendre visite.
- Bon, alors tu es allé voir à sa chambre ? Comme tu vois, l’homme qui essaie de dormir dans mon lit est un membre de l’équipe technique. Nous avons eu un incendie, la foudre est tombée. Elle a donc du partager elle aussi.
Glenn suivit le regard de Henry et vit effectivement un homme enroulé sous les couvertures.
- Bah, nous le gênons, alors, entre la lumière, la fumée et nos discussions, nous ferions mieux de sortir !
Henry n’y avait pas pensé. Il lui montrait l’homme tranquillement comme s’il parlait lui aussi de la pluie et du beau temps en pleine nuit, sans voir l’importunité de la situation. Lorsqu’il s’en rendit compte, il se confondit en excuses puis fit sortir Ava et Glenn, laissant enfin le technicien dormir en paix.

Tous trois dans le couloir, Glenn entreprit de parler à voix basse pour ne pas causer plus de désagréments.
- Rita n’est pas dans sa chambre.
- ET SI…
Ava avait parlé haut.
- Chûûût !! fit Glenn, un doigt sur la bouche.
Main aussi sur la bouche, Ava rougit comme une enfant prise en faute.
- Et si Rita était allée se promener ? Je sais qu’il pleut, mais…
- Je sais où elle est…
Tous trois sursautèrent comme surpris en train de comploter et se retournèrent aussitôt. Helen était adossée à la porte de sa chambre, bras croisés sur sa robe de chambre.
- Je sais où elle est… Elle est partie dormir dans le manoir…
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